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Les petites oeuvres du Général PARAYRE (suite et fin)

Article publié le 14 novembre 2007

Ayant évité de nombreux placages pour parvenir à la tête de la gendarmerie, le général Parayre n’a pas marqué d’essais depuis qu’il est aux commandes. Au contraire, il a orienté le jeu dans de mauvaises directions. Son action s’est fait sentir notamment dans trois domaines : le repyramidage, la mise en place des communautés de […]

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Ayant évité de nombreux placages pour parvenir à la tête de la gendarmerie, le général Parayre n’a pas marqué d’essais depuis qu’il est aux commandes. Au contraire, il a orienté le jeu dans de mauvaises directions.

Son action s’est fait sentir notamment dans trois domaines : le repyramidage, la mise en place des communautés de brigade et la reprise en mains de l’institution.

I – LE REPYRAMIDAGE

Tout d’abord, il a mis en oeuvre un plan de repyramidage des grades de la gendarmerie. Ce plan appelé PAGRE : plan d’adaptation des grades aux responsabilités non complètement achevé à ce jour visait non pas à pourvoir des postes d’encadrement, mais à distribuer des galons au plus grand nombre pour contrebalancer les avancées policières en matière de rémunération.

L’objectif même du plan démontre son inanité. L’ADEFDROMIL en septembre 2005 avait fait connaître son point de vue. Que les lecteurs nous pardonnent de « faire du neuf avec du vieux ». Mais les extraits ci-après de l’article publié sur notre site permettent de comprendre la situation.

« Le PAGRE, cristallisation des contradictions du système.

De fait, le PAGRE est le produit des contradictions du système actuel. Il pointe du doigt ses limites et conduit à une impasse.

Mais, de quoi s’agit-il ? Le « pagre » n’est évidemment pas un « plan d’adaptation des grades aux responsabilités », puisque sa mise en oeuvre contribue au contraire à diminuer les responsabilités de chacun à grade égal, comme l’a décrit parfaitement le Capitaine Matelly dans le numéro 364 de L’Essor de la Gendarmerie. En fait, ce sont les responsabilités qui vont être adaptées à l’inflation des grades et galons… Ses détracteurs pourraient également l’appeler « Mexgend » pour mexicanisation de la Gendarmerie.

Effets pervers ou bénéfiques ?

Les effets pervers si bien soulignés par le Capitaine Matelly se font déjà sentir : dévalorisation des grades, perte de responsabilités, surcroît de la charge de travail des exécutants sur l’effectif desquels est gagée l’inflation des grades et galons. On peut dire ainsi que le progrès social (plus d’avancement pour plus de monde) repose sur le pari d’un gain de productivité à effectif moindre de l’outil de production (les gendarmes de base) ou sur celui d’une baisse de la demande sécuritaire (moins de délinquance). Le pari est évidemment risqué et faute de le gagner, on est en droit de s’inquiéter des conséquences de ces mesures.

Ainsi, on peut s’interroger sur la réalité de leur effet bénéfique sur l’institution prise dans sa globalité. Car, il n’est pas sûr que l’accès facilité à l’avancement d’un plus grand nombre de militaires tous grades confondus, donc à des indices budgétaires supérieurs, produise le résultat escompté…

On peut ainsi penser que l’ensemble des personnels aura beaucoup de mal à considérer que l’accès plus large aux promotions de grade constitue une avancée sociale maintenant une véritable parité avec la Police Nationale. Bref, comme cela apparaît sur plusieurs forums, il vaut mieux une amélioration de la grille indiciaire dans un grade ou un corps plutôt que des perspectives d’avancement améliorées qui souvent entraînent une mobilité imposée.

Dans le même temps, le rôle de sélectivité de l’avancement destiné à pourvoir les vacances d’emplois d’encadrement et de responsabilité va disparaître. La chaîne hiérarchique va ainsi être dévalorisée dans les esprits, et les personnels en auront une image dégradée. En d’autres termes, les gendarmes seront moins confiants dans leur hiérarchie et moins fiers d’appartenir à un corps qui distribue les galons à titre social. On le voit déjà avec la multiplication des généraux qui suscite beaucoup de commentaires parfois ironiques auxquels n’a pas échappé la création récente d’un emploi de général chargé de la reconversion des généraux, ce qui démontre en soi que certains sont manifestement moins utiles que d’autres !

Au total, on peut légitimement craindre que le « pagre, parer ou mexgend » – au choix – n’apaise nullement les revendications latentes des personnels et que ses effets induits contribuent à maintenir un niveau critique d’insatisfaction.

Le PAGRE, expression de l’absence de marge de manoeuvre de la direction générale.

Malheureusement, il était quasiment impossible de faire autrement sans mettre en péril le système actuel, c’est-à-dire le statut militaire de la gendarmerie que la hiérarchie veut préserver à tout prix, mais qui apparaît de plus en plus comme un frein archaïque à toute évolution réaliste. On touche véritablement aux limites du système.

Tout d’abord, il était impératif, pour le haut commandement de la gendarmerie de contrebalancer rapidement, voire d’anticiper les avancées statutaires des policiers. Ne rien faire aurait pu conduire à une nouvelle grogne probablement mortelle pour le statut militaire de la gendarmerie. Il fallait donc apporter sans délai un ballon d’oxygène au chevet de la convalescente.

Mais les contraintes imposées par le statut militaire réduisent considérablement les possibilités d’évolution. Ainsi, il ne peut être question de créer une échelle indiciaire spécifique aux sous-officiers de gendarmerie, source potentielle de demandes reconventionnelles des autres armées ou services. De même, une réforme radicale de la hiérarchie et de l’appellation des grades (les fameux prévôts..) se serait heurtée à la même rigidité des grandes directions du ministère : direction de la fonction militaire, direction de l’administration générale, etc. et sans doute du ministère de la fonction publique et de Bercy. Autre contrainte limitant la liberté d’action : il ne fallait pas non plus, par des demandes excessives ou trop voyantes, donner des arguments à ceux qui estiment que les gendarmes sont déjà des privilégiés au sein du ministère de la défense et qui militent en faveur de leur rattachement statutaire au ministère de l’intérieur. Ainsi, sur le site de La Saint Cyrienne, le thème de l’adoption d’un statut civil pour la gendarmerie est celui qui a recueilli le plus de visites et suscité le plus de débats, dont la conclusion est de doter l’institution d’un statut civil. La Gendarmerie est donc bien « écartelée entre une Police Nationale dont les statuts des personnels sont en progrès rapide et constant et les armées évoluant plus lentement… ».

C’est bien le caractère « militaire » du statut qui pose problème.

N’en déplaise aux conservateurs et autres thuriféraires de la « gendarmerie, partie intégrante des armées », on voit bien que c’est la « militarité » du statut qui est en cause puisque c’est elle qui bloque les adaptations indispensables au maintien d’une parité équitable avec la Police Nationale, en ne permettant notamment ni la mise en place d’une grille indiciaire spécifique au corps des sous-officiers, ni celle d’une représentativité professionnelle digne de ce nom.

La suite découle logiquement de cette situation, dénommée justement par l’Essor «la quadrature du cercle ». A l’occasion d’une nouvelle crise, la Gendarmerie devra probablement abandonner son statut militaire, sans pour autant que cette évolution entraîne automatiquement une fusion avec la Police Nationale. Dès lors, plutôt que de discourir à l’infini sur le bien fondé ou non de cette évolution, il serait plus judicieux et efficient de s’y préparer sans états d’âme comme on se prépare au passage à l’âge adulte.

Ainsi, et contrairement à ce qu’a pu dire, Jacques CHIRAC, alors Président de la République en recevant le Conseil Supérieur de la Fonction Militaire au palais de l’Elysée en décembre 2004, « l’avenir de la Gendarmerie n’est pas entre ses mains », puisque son destin est essentiellement tributaire de facteurs qu’elle ne peut maîtriser. »

Il faut donc regretter que les nombreux postes budgétaires ouverts depuis cinq ans (7000) aient été consommés dans la création de postes de gradés et d’officiers et n’aient pas été utilisés pour renforcer les unités de terrain qui s’essoufflaient.

II – LA NOUVELLE ORGANISATION DU SERVICE : LES COMMUNAUTES DE BRIGADE.

Les manifestations de 2001 ont démontré entre autres que les petites unités, qui forment le fameux « maillage territorial » tant vanté par la Gendarmerie ne pouvaient plus fonctionner.

Pour ne pas lancer un plan rationnel de restructuration des implantations de la gendarmerie qui aurait provoqué de vives réactions avant des échéances électorales majeures, on a inventé un concept hybride : celui de la communauté de brigade. Les gendarmes habitent toujours dans la caserne locale, mais travaillent parfois ici et surtout là bas, c’est-à-dire hors de leur zone de compétence originelle. Pour parodier un titre de film, on pourrait résumer le concept par : « Par pandore, j’ai agrandi la circonscription ».

Une fois encore, l’ADEFDROMIL avait abordé le sujet dans un article intitulé « La Gendarmerie survivra-t-elle en 2012 ? » (lire La Gendarmerie survivra-t-elle en 2012 ? (1e partie) et La Gendarmerie survivra-t-elle en 2012 ? (2e partie et fin)). Nous en reproduisons des extraits les plus significatifs

« La « révolution de 89 » débouche sur une évolution au forceps.

Cette crise va conduire tout d’abord à une révision complète du système de concertation dans les armées. On fait élire les présidents de sous-officiers et on crée les conseils d’armée, dont les membres ne sont pas élus, mais tirés au sort. Mais surtout, le commandement de la gendarmerie transforme chaque département en un centre unique de police secours en dehors des heures de service « normales ». On mutualise les patrouilles de nuit et on ferme les brigades. C’est le COG – centre opérationnel de la gendarmerie- qui gère la ressource. Il est devenu depuis le CORG. Ce faisant, on a franchi un pas décisif en pensant sauver l’essentiel et sans voir qu’on vient de porter un coup fatal au concept même de la gendarmerie en vigueur depuis 1720. On est également obligé de lâcher un peu de disponibilité supplémentaire en instituant les QL –quartiers libres-, position intermédiaire entre le repos ou la permission et le service.

En 1998, le rapport au Premier Ministre de la mission confiée au député Carraz et au sénateur Hyest souligne les incohérences de l’organisation de la gendarmerie : « les effectifs de la gendarmerie restent massivement implantés dans les zones rurales et au contraire faiblement implantés, en comparaison, dans les zones péri-urbaines, dont elle a la charge ». Et les deux parlementaires d’encourager une évolution de la doctrine sacro-sainte du maillage territorial : « la gendarmerie doit adapter la doctrine actuelle d’une brigade par canton et commencer d’admettre des exceptions ponctuelles. »

Champs Elysées 2001 ou du CORG aux COB.

En dépit des alertes parues dans les médias à l’automne 2001 et comme si aucun enseignement n’avait été tiré de la « révolution de 89 », les gendarmes défilent en armes sur Les Champs Elysées en violation de leur statut militaire en décembre 2001. Cette deuxième crise débouche sur deux séries de conséquences, la première concerne le concept d’emploi de la gendarmerie départementale, la seconde, les mesures d’accompagnement.

Le concept de la communauté de brigades (COB) se place en rupture complète du principe séculaire du maillage territorial en vigueur depuis 1720. Partant du constat que beaucoup de brigades ont une capacité d’intervention limitée, on décide de mutualiser les ressources de plusieurs circonscriptions, faute de ne pouvoir augmenter les effectifs de manière considérable. La communauté de brigade devient donc l’unité d’intervention de base. Toutefois, certaines brigades, en raison de leur position géographique et de leur effectif suffisant continuent de fonctionner comme par le passé : ce sont les brigades autonomes. En 20 ans, on est donc passé de 3700 brigades à 1752 unités de base (1055 COB et 697 brigades autonomes).

Selon, l’encyclopédie de la gendarmerie publiée en 2006, « la mutualisation des moyens humains et matériels accentue à effectifs constants, leur présence de jour comme de nuit de 10 à 20% selon les lieux ». Est-ce pour autant la panacée ? La communauté de brigade fonctionne un peu comme un commissariat de police rural. Mais ce fonctionnement est pour le moins compliqué par la diversité et l’éloignement des implantations géographiques. On ne peut rationnaliser l’organisation du travail, de la surveillance et des enquêtes. Il faut régler en permanence des problèmes logistiques. Il faut surtout veiller à se faire voir dans les zones tranquilles alors que la politique de résultats mise en place incite plutôt à concentrer les forces de la COB sur les zones sensibles. Au total, il n’est pas certain que la sécurité des campagnes y trouve son compte.

La COB, concept transitoire en attendant un vrai redéploiement.

En interne, les COB sont à l’origine de beaucoup de mécontentement et de frustration. La petite brigade dite de « proximité » n’est pas vraiment fermée sans être ouverte comme par le passé. Les gendarmes y habitent toujours et on les voit de temps en temps, eux ou leurs collègues de la COB sur la route ou en patrouille. Mais on perçoit combien ce système est artificiel. L’Etat n’a plus les moyens de renforcer les effectifs et on a été incapable de tirer les conséquences de la situation nouvelle. Une fois de plus, on tente de faire faire le grand écart aux gendarmes.

Citons pour s’en convaincre le maire d’une petite commune de 700 habitants dans la Sarthe, major de gendarmerie en retraite (Essor mai 2004) : «.L’unité de proximité n’est plus aussi disponible que nous pourrions le souhaiter pour la surveillance de sa propre circonscription . Aujourd’hui, le commandant d’unité de proximité ne dispose plus de réelles prérogatives de commandement, du fait que cette mission incombe au commandant de la communauté de brigades…L’implication de l’unité dans cette nouvelle structure oriente de facto son action vers l’espace où se concentre l’activité industrielle et commerciale, mais aussi la population, d’où une activité plus importante à l’extérieur de la circonscription des personnels de la brigade de proximité.

Des mesures ont été prises pour faire passer la pilule et mettre un couvercle sur la marmite, car le système de concertation n’a pas évolué. Pour tenter de s’accrocher aux avancées sociales obtenues par les policiers, on favorise la distribution de galons au plus grand nombre en augmentant les postes budgétaires et en facilitant l’avancement. C’est le PAGRE, plan d’adaptation des grades aux responsabilités qui conduit à une sorte de mexicanisation larvée de l’institution et qui contribue au mécontentement de ceux qui ne peuvent en bénéficier. Il y a donc plus de cadres ( 5 789 officiers en 2007 contre 2 700 au milieu des années 90) pour contrôler l’exécution des missions et moins d’exécutants pour effectuer le travail de base, alors même que les gains de productivité sont dérisoires. La grogne s’alimente aussi du refus de doter les gradés de gendarmerie d’une grille indiciaire spécifique qui mènerait l’institution hors des armées selon certains. La loi d’orientation et de programmation sur la sécurité intérieure (LOPSI) a tout de même prévu d’augmenter les effectifs de la gendarmerie de 7000 militaires entre 2002 et 2007, pour alimenter en partie le repyramidage des grades…

A la tête de la gendarmerie, après un préfet, saint-cyrien et fils de gendarme, le gouvernement a préféré, en 2004, confier la direction de l’institution à un officier général issu du corps. C’est que la direction de la gendarmerie n’est plus la sinécure dont rêvaient quelques décennies plus tôt bon nombre de magistrats. Il vaut donc mieux, dans l’immédiat, y placer un général.

Dans le même temps, la redistribution des zones de compétence entre la police et la gendarmerie et la mise en oeuvre de certaines des recommandations du rapport « Carrast- Hyest » n’ont pas vraiment résolu de problèmes. Elles en ont même parfois créé de nouveaux.

Il faut en conclure que la COB est un concept transitoire, appelé à disparaître lorsque les politiques auront compris qu’un regroupement des unités est indispensable et que la sécurité des zones rurales a un coût. C’est un véritable enjeu politique, qui devra être traité dans les années à venir sans attendre une nouvelle crise. Il est évident qu’à l’occasion d’une restructuration le problème du statut des gendarmes doit être posé. Il est difficile d’entendre et d’admettre que 4 gendarmes « valent » 7 policiers en termes de disponibilité. Cette équation revient à nier la parité « police-gendarmerie » puisqu’en fait les gendarmes, contraints d’occuper leur logement de service, travaillent plus, sont plus disponibles que leurs collègues policiers pour un salaire égal. Le statut militaire est évidemment plus rentable pour l’Etat employeur. Mais cette situation peut-elle perdurer au regard du principe « à travail égal, salaire égal » ?

La nécessité d’un redéploiement est donc un véritable enjeu politique, qui devra être traité dans les années à venir sans attendre une nouvelle crise

Vers des polices de communautés d’agglomération ?

Le bon sens conduit à repositionner les forces là où leur action est essentielle pour la sécurité publique des citoyens. C’est l’application du principe stratégique élémentaire cher au maréchal Foch : la concentration des efforts. La création des COB est un premier pas dans ce sens. Il est dès lors difficile de comprendre et de suivre le rapporteur du budget de la gendarmerie à l’Assemblée Nationale lorsqu’il déclare fin 2006 : « le caractère militaire de la gendarmerie est essentiel en termes d’aménagement du territoire pour maintenir un maillage territorial et une présence dans les endroits les plus reculés ». Est-il bien sérieux de vouloir confier le désert des tartares aux gendarmes alors que les banlieues brulent ou que la délinquance augmente dans les zones « gendarmerie » urbanisées ? Cette affirmation est même en contradiction avec le concept de la communauté de brigade. Le courage politique consisterait à ne pas tenter de justifier la présence de gendarmes « dans les endroits les plus reculés » au nom du principe dépassé du maillage territorial et du refus de la désertification des campagnes, rebaptisé « aménagement du territoire », mais d’oeuvrer pour un redéploiement équilibré et progressif du dispositif policier en zone rurale.

Cet effort de rationalisation de l’implantation de la gendarmerie implique en contrepartie d’encourager financièrement la création de polices locales compétentes sur plusieurs communes ou cantons, dont l’activité pourrait être coordonnée par le poste de gendarmerie le plus proche, voire encadrée par des gradés détachés…Mais qu’en pensent les élus locaux ? Il suffit de se référer aux interviews de maires publiés régulièrement dans L’Essor de la Gendarmerie, le mensuel de l’Union des Personnels en Retraite de la Gendarmerie (UNPRG) pour comprendre et admettre la pertinence de l’idée.

Ainsi, le maire de Melay, petite commune de Saône et Loire de 900 habitants se plaint de n’être plus pris au sérieux par les gendarmes lorsqu’il les sollicite. Il fait « le triste constat des défaillances des services de l’Etat sur le terrain » (janvier 2007). Celui de Plan de Cuques (Bouches du Rhône), confirme que la disponibilité des policiers est moindre que celle des gendarmes. Il souhaiterait que la compétence des policiers municipaux se rapprochent de celles des policiers ou gendarmes. Il va recruter deux policiers municipaux supplémentaires (février 2007). M. Martin Malvy, président de l’association des petites villes est plus réservé sur le sujet (novembre 2006) : « la police en tenue relève des missions régaliennes de l’Etat ». et « il ne faut pas faire croire que la police municipale va pouvoir assumer le rôle des forces de l’ordre étatiques. ». L’ancien ministre du Budget craint des inégalités entre les communes riches et celles qui ont de faibles ressources budgétaires. Xavier Lemoine, maire de Montfermeil rappelle quant à lui (juin 2006) que « L’Etat encourage la création de polices municipales pour que la Police Nationale se concentre sur les faits les plus importants ». Mais « la sécurité doit être la même pour tous » et ne pas dépendre des ressources budgétaires de la commune.

Au terme de ce tour d’horizon, il apparaît que l’Etat pourra difficilement échapper à la rationalisation de la sécurité publique dans les zones rurales, dans les années à venir. Sans doute, la Gendarmerie survivra t’elle en 2012, mais selon l’ampleur du « lifting », elle ne sera plus tout à fait la même : rajeunie ou transformée. .. »

A-t-on prévu une nouvelle organisation après celle des communautés de brigade ? Peut-être est on satisfait de l’oeuvre accomplie, qui n’est qu’un cautère sur une jambe de bois ? Nul ne le sait !

III – LA REPRISE EN MAINS.

Le troisième domaine dans lequel l’action du directeur général s’est fait sentir, c’est celle pour laquelle il était en théorie le mieux préparé : celle de la reprise en mains d’un corps qui avait donné un très mauvais exemple à tout le pays en 2001.

Cette reprise en mains s’est exercée aussi bien sur le plan individuel que sur un plan collectif.

Elle n’ait fait qu’amplifier le malaise.

Au plan individuel, il s’agissait de normaliser la gendarmerie aux yeux des politiques et des militaires des autres armées.

La démarche disciplinaire relève souvent plus de la recherche d’un bouc émissaire que de celle de la vérité et de la justice. Le gendarme étant à la fois militaire et souvent officier de police judiciaire, il cumule toutes les sanctions sans limites : punition disciplinaire, baisse de la notation, perte de toute chance pour l’avancement, baisse de la notation judiciaire et pour couronner le tout et bien déstabiliser la famille, mutation d’office dans des lieux choisis pour ne pas arranger celui qui en est victime. Naturellement, le militaire qui sombre dans la dépression n’a pas de soutien psychologique à attendre de ses chefs, mais il se voit orienter vers les services de psychiatrie militaire qui sont l’antichambre de la porte de sortie.

Baromètre du mécontentement, les adhésions de militaires de la gendarmerie à l’Adefdromil ont régulièrement augmenté depuis ces dernières années. Les dossiers reçus font apparaître un mode de gestion archaïque, une ambiance de travail stressante, une hiérarchie trop souvent autiste aux problèmes de ses hommes, dont la fonction n’est pas de faciliter le travail des exécutants, mais de les contrôler dans le détail et de les sanctionner en cas de manquement.

Citons, à titre illustratif, l’attitude indigne de la direction de la gendarmerie qui a tenté d’empêcher la nomination au grade de sous-lieutenant d’un élève-officier, blessé en service lorsqu’il était gendarme et qui avait pourtant obtenu une dérogation règlementaire et satisfaisait aux exigences de la scolarité de l’école des officiers. L’ADEFDROMIL avait saisi la Halde (haute autorité de lutte contre les discriminations) avant que la commission de recours des militaires coincée par les aberrations du dossier ne désavoue le directeur général.

Au plan collectif, le général Parayre a navigué en homme prudent entre la grogne montante des gendarmes et l’inquiétude des politiques, et l’observation narquoise de la police, des autres armées et de la justice.

C’est ainsi qu’il n’a cessé de nier le malaise croissant des gendarmes, prétendant même au début de l’été qu’il s’agissait d’une machination (lire Vous avez dit : Machination !).

L’ADEFDROMIL avait pris le soin de s’interroger sur la prétendue machination pour livrer quelques explications :

« Un thermomètre social déficient ».

Le problème majeur du ministère de la Défense, c’est que le thermomètre social fonctionne mal et qu’on ne veut pas l’améliorer par pure idéologie : le risque « syndical » !

En 1989, la première crise de la gendarmerie avait débouché sur une refonte du système de concertation avec la création des conseils de la fonction militaire de chaque armée qui s’étaient substitués à des commissions interarmées régionales inefficientes.

En 2001, on a conservé le même thermomètre et on a négligé de sauter le pas en passant du tirage au sort à l’élection pure et simple et en n’accordant aucune disponibilité particulière aux représentants des personnels.

Une grande difficulté à admettre les poussées de fièvre.

Comme toujours depuis des temps immémoriaux, on confond le fauteur de troubles avec l’annonciateur de mauvaises nouvelles, qui était parfois exécuté… L’histoire militaire fourmille d’exemples de décideurs, qui ont refusé de prendre en considération des informations fiables mais dérangeantes et de les exploiter…

En 2001, c’est un scénario comparable qui s’est joué. Rappelons les déclarations lénifiantes du directeur général de la gendarmerie de l’époque devant la commission de la défense nationale alors que des signes tangibles de grogne étaient perceptibles (lire La méritocratie à la française)…

Cette année, en 2007, la direction de la gendarmerie ne peut prétendre qu’elle n’a pas été informée, notamment par les articles de l’Adefdromil. Elle a également sous évalué le mécontentement né de la chape de plomb posée sur l’institution depuis 2004 et d’un management des personnels sans états d’âme. Elle a mal mesuré l’impact de la réorganisation du service résultant de la création des communautés de brigades. Elle a aussi surestimé son influence sur le système de concertation, dont elle espérait qu’elle lui permettrait de tenir ses troupes. »

Le général Parayre a réussi avec une certaine habileté à retarder l’expression du mécontentement qui pointait déjà pendant la campagne présidentielle, notamment sur le site « Gendarmes et citoyens », mais il n’a proposé aucune solution ni au gouvernement, ni à ses troupes, attendant sagement le petit doigt sur la couture du pantalon.

L’habileté est-elle suffisante pour diriger un corps malade de 100 000 personnes sans autre vision d’avenir que celle de coller aux avantages des policiers ?

IV – APPRECIATION DU BILAN.

Souvenons nous, pour comprendre et juger l’action du général Parayre en tant que directeur général que les trois vertus cardinales du chef selon le général de Gaulle sont : CARACTERE, FOI, IMAGINATION.

Le caractère

Dans un article intitulé : « La banqueroute de la concertation et de la représentation », Renaud Marie de Brassac décrivait récemment ceux qui ont en charge la défense des intérêts de leurs subordonnés : « La haute hiérarchie étant toujours proche du pouvoir politique (on le voit bien dans les meetings pré électoraux fréquentés par des généraux sans doute animés par un devoir de réserve à géométrie variable), cette hiérarchie n’est malheureusement qu’éphémère : deux à quatre ans tout au plus. Elle ne sert donc qu’à régler les affaires courantes, conformément aux décisions prises en amont par quelques énarques dont la connaissance des armées et la compétence militaire ne sont pas les toutes premières vertus. Comment dans de telles conditions peut-on réellement veiller aux intérêts de ses subordonnés ? D’ailleurs, le plus souvent frappé d’une couleur politique bien affirmée, le chef militaire de haut niveau, nommé en conseil des ministres, n’a en réalité pas plus de pouvoir qu’un aide de camp sous l’Empire. Son avenir est davantage lié à sa soumission qu’à son appréhension des problèmes. Ainsi, son charisme, son pouvoir de conception et de commandement constituent des pénalités rédhibitoires pour accéder aux toutes dernières marches du temple de la pensée unique et les exemples pitoyables n’ont pas manqué au cours de ces dernières années. »

Le général Parayre est évidemment un pur produit du système. Nous n’en voulons pour preuve que le fait qu’il ait laissé son général DRH répondre en bafouillant dans un reportage de TF1 présenté au journal de 20heures du 9 novembre dernier. Lorsqu’on a atteint le sommet de la hiérarchie, qu’on est Grand officier de l’ordre national de la Légion d’honneur (2007) – décoration reçue avec le paquetage de directeur général, on a plus rien à gagner et encore moins à perdre. C’eut été le moment de faire entendre sa voix, de ne pas attendre le petit doigt sur la couture du pantalon, d’engager la responsabilité qu’il est censé avoir à l’égard de ses hommes. Mais, il a laissé le soin à un subordonné de parler. C’est moins risqué.

La foi.

Il ne faut sans doute pas confondre la foi avec la répétition des rites, de la gestuelle, des traditions.

La foi, c’est sans doute le sens de l’intérêt général, celui de la mission reçue, surtout celui du sacrifice qu’on doit être prêt à faire de sa vie ou de sa carrière pour respecter ceux qu’on a l’honneur de commander.

Laissons à chacun le soin de juger !

L’imagination.

Elle se rapproche beaucoup de l’intelligence. Les chefs militaires en ont le plus souvent manqué. Citons simplement le général de Gaulle: « C’est qu’en effet, l’armée, par nature, est réfractaire aux changements. Non, certes, que le sens du progrès manque à ses serviteurs…Vivant de stabilité, de conformisme, de tradition, l’armée redoute, d’instinct, ce qui tend à modifier sa structure… » (Vers l’armée de métier).

Nul doute, par exemple, qu’il a fallu aux Cortès espagnols beaucoup d’imagination et de courage pour accorder le droit d’association à titre professionnel aux gardes civils par une loi du 22 octobre 2007, même s’ils n’ont eu qu’à traduire les propositions de l’ADEFDROMIL à ce sujet (lire Droit d’association des militaires : l’exemple espagnol de la garde civile).

Le général Parayre a reproduit ce qu’il avait vu faire de ses chefs : pas de vagues et ne rien changer en profondeur. Il n’a donc marqué aucun essai. Ne le lui reprochons pas, car c’était prévisible et c’est le système peut-être plus que l’homme qui est responsable.

Il risque de laisser tout de même une trace dans l’histoire de l’institution : celle du dernier général, à l’instar de Pou Yi qui fut le dernier empereur de Chine et qui termina sa vie comme jardinier.

Lire également :

La Gendarmerie survivra-t-elle en 2012 ? (1e partie) La Gendarmerie survivra-t-elle en 2012 ? (2e partie et fin) Vous avez dit : Machination ! La méritocratie à la française Droit d’association des militaires : l’exemple espagnol de la garde civile

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