Affichage »« Droits »« Paypal »« Galette »«
Ancien site Association de défense des droits des militaires
-->

Adresse du ministre aux chefs de corps le 7 novembre 2007

Article publié le 16 novembre 2007

M. le chef d’état-major des armées,M. le délégué général pour l’armement, M. le secrétaire général pour l’administration,MM. les chefs d’état-major des armées,MM. les directeurs de service,Mesdames et Messieurs les chefs de corps ou directeurs d’établissement,Mesdames et Messieurs, Après avoir réuni les grands responsables du ministère le mois dernier, j’ai tenu à m’adresser directement à vous, […]

Vous êtes adhérent ou abonné à nos archives ?
Accédez immédiatement à cet article archivé, en vous identifiant ci-dessous :
Vous n'avez pas encore de compte ? Cliquez sur ce lien.

M. le chef d’état-major des armées,
M. le délégué général pour l’armement, M. le secrétaire général pour l’administration,
MM. les chefs d’état-major des armées,
MM. les directeurs de service,
Mesdames et Messieurs les chefs de corps ou directeurs d’établissement,
Mesdames et Messieurs,

Après avoir réuni les grands responsables du ministère le mois dernier, j’ai tenu à m’adresser directement à vous, chefs de corps et directeurs d’établissement, en présence de vos chefs d’état-major et directeurs respectifs, pour vous exposer clairement mes objectifs et la nécessité des réformes,. C’est la première fois qu’un ministre de la Défense s’adresse directement aux chefs de corps ; le seul précédent étant une allocution de François Léotard à toutes les autorités de la Défense, en 1993.

Face à la situation qui est la nôtre aujourd’hui et compte tenu de l’ampleur des décisions qui seront prises une fois connus les résultats des travaux en cours, votre implication est déterminante – au même titre que celle des grands responsables – dans la mise en oeuvre des décisions qui seront, le moment venu, arrêtées par le chef des armées, Président de la République. Votre rôle sera essentiel dans l’explication de la réforme à tous les militaires, jusqu’aux hommes du rang.

Chefs de corps, c’est sur votre professionnalisme, votre aptitude militaire que reposent la sécurité de notre pays, de notre territoire et de nos concitoyens. A travers les OPEX, vous incarnez loin de nos frontières l’image de la France, mais aussi celle de la Défense et des armées françaises – en quelque sorte, comme des ambassadeurs de nos convictions et des valeurs de la France.

C’est grâce à votre action que nos forces conservent, par leur entraînement, le haut niveau d’efficacité qui fait notre fierté partout où elles sont engagées. C’est grâce à vous qu’elles sont maintenant très appréciées par la population française, comme le montrent de très nombreux sondages.

Je mesure aussi combien le métier de militaire signifie de disponibilité, de sacrifice, de renoncement à la vie de famille. Je vous en suis reconnaissant.

Vous êtes les acteurs de terrain qui orientez directement le fonctionnement des forces et des services. Vous êtes au contact des réalités les plus concrètes et vous êtes amenés à côtoyer régulièrement les élus locaux.

Votre rôle, au quotidien, est essentiel : les entités que vous commandez ou dirigez sont souvent des acteurs économiques majeurs dans le bassin d’activité où vous êtes stationnés, puisque le poids économique d’une unité peut atteindre 40 à 50 M€ /an), sans compter votre action an matière de recrutement local et de lien entre les armées et la Nation.

Vous êtes les acteurs indispensables de toute réforme : c’est vous qui serez également chargés de la mettre en oeuvre et de l’expliquer, tant à vos personnels qu’aux responsables civils locaux. Je suis persuadé qu’aucune réforme ne produira ses fruits si vous n’êtes pas vous-mêmes, chacun, pleinement investi dans cette exigence de modernisation, conscient de vos responsabilités.

De notre capacité à nous moderniser et à retrouver des marges de manoeuvre dépend notre capacité à avoir un outil de défense performant, opérationnel et crédible. De notre capacité à nous moderniser dépend aussi notre capacité à demander un effort supplémentaire à la Nation pour sa défense.

PRESENTATION DE L’ETAT DES LIEUX DU MINISTERE ET DES GRANDS CHANTIERS

La situation actuelle de la France est difficile, vous le savez. Nous avons atteint un endettement comme nous n’en avons jamais connu auparavant : la dette se monte à plus de 1220 milliards d’euros (66,6 % du PIB) ; le déficit budgétaire sera cette année de 42 milliards d’euros, la charge de la dette représente 40,8 milliards, soit 4 milliards de plus que les 36,8 milliards de la mission défense. Ce sont des chiffres dont l’ordre de grandeur nous dépasse tous, bien loin de l’échelle de notre propre budget personnel, pourtant cela met en jeu la responsabilité de chacun, puisque les dettes que nous accumulons aujourd’hui, ce sont nos enfants qui les paieront demain.

L’état des lieux du ministère que j’ai lancé à mon arrivée a montré que les besoins en crédits d’équipement de 2009 à 2013, à contrats opérationnels inchangés, seraient en moyenne supérieurs de 41 % en volume aux crédits ouverts entre 2003 et 2007. La moyenne annuelle devrait passer de 15,5 milliards d’euros à presque 22 milliards. C’est ce que l’on appelle – pudiquement j’allais dire – la " bosse ". La version actualisée du référentiel de programmation indique qu’il nous faudrait 3 milliards d’euros supplémentaires dès 2009. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour se dire que, compte tenu du niveau de croissance de notre pays, des besoins de financement considérables dans de nombreux secteurs, il sera difficile de trouver trois milliards supplémentaires – même si je crois profondément qu’une défense opérationnelle, crédible, cela coûte de l’argent, cela coûte cher comme me le dit souvent le général Georgelin.

Dès lors, avec un niveau de ressources de l’ordre de 2 % du PIB, l’enjeu pour la Défense sera à la fois de maintenir la cohérence d’ensemble de ses capacités militaires, de garantir les normes d’activité et d’entraînement, de continuer d’améliorer la condition militaire. Atteindre ces objectifs implique nécessairement de réévaluer nos choix capacitaires et de mener de nouvelles transformations de l’organisation et des implantations de nos armées.

Je sais que vous avez déjà fait beaucoup, mais c’est la clef pour que le ministère retrouve des marges de manoeuvre.

Il y a selon moi deux façons de procéder. L’une qui ne me convient pas, est d’avancer masqué, de ne pas dire la vérité et d’être dans le non-dit, et d’annoncer un matin les nouvelles comme si on les avaient découvertes la veille. Il y en a une autre, qui est la mienne, qui n’est ni d’être pessimiste ni de noircir le tableau à l’envi, mais de dire tout simplement les choses, lucidement. J’ai toujours cru qu’en les disant ce serait plus facile d’arriver à l’objectif que l’on s’est fixé ; j’ai toujours cru que les hommes sont des citoyens responsables – plus encore ceux du ministère de la Défense – et sont donc capables de regarder les choses en face. J’ai toujours cru qu’il n’y a rien de plus anxiogène pour une communauté que de ne pas fixer clairement les objectifs, même s’ils sont difficiles à atteindre, que de ne pas dire où l’on va, quand la communauté sait elle-même que les choses ne resteront pas en l’état.

PRESENTATION DU CADRE DE LA REFORME

Tout d’abord, je voudrais vous dire quelques mots sur le cadre de notre action, très brièvement, parce que je ne vais pas refaire le Livre Blanc.

Nous avons devant nous de nouveaux enjeux et de nouveaux horizons.

Nouveaux enjeux : l’instabilité croissante de certaines zones névralgiques comme le Moyen-Orient, le déséquilibre croissant entre le Nord et le Sud, la prolifération, la course à une énergie de plus en plus rare, le terrorisme à grande échelle capable de frapper le coeur de nos cités, enfin l’éventuelle résurgence d’une menace militaire majeure. D’ailleurs, à mon sens, le risque de conflit à haute intensité est plus fort qu’il n’était en 1994 lors du précédent Livre Blanc. Nouveaux horizons : l’hyperpuissance américaine, mais qui comporte de vraies limites, des puissances émergentes, des organisations internationales qui ont toutes les difficultés à prévenir les conflits, enfin l’UE encore en devenir.

Ces nouveaux enjeux, ces nouveaux horizons nous imposent de poursuivre la transformation de notre défense.

Partons d’un constat que nous partageons tous. Nos armées sont opérationnelles, performantes et disponibles. J’ai pu le constater sur le terrain. A terre, sur mer ou dans les airs, partout dans le monde, au Liban, au Kosovo, en Afghanistan, nos armées font honneur à la France. J’ai rencontré des femmes et des hommes formidables, compétents, dévoués, courageux, servant des équipements performants. De même, la contribution de nos armées à la sécurité intérieure est fondamentale, et cette action est saluée par l’ensemble des Français.

Pour en arriver à ce niveau d’exigence et de qualité, vous avez fait des sacrifices, je le sais. En moins de cinq ans et sans heurts, nous sommes passés d’une armée de conscription à une armée professionnelle, mieux adaptée au contexte d’engagement opérationnel actuel. La Défense a dû procéder à de lourdes réorganisations pour améliorer son fonctionnement : il y a eu une nouvelle organisation territoriale, la dissolution de nombreux régiments, une première réforme des soutiens (mutualisation, externalisation…), enfin les décrets de 2005 ont donné une cohérence d’ensemble au commandement.

Nous savons que, pour que notre outil de défense fonctionne encore mieux, il nous faut poursuivre ces efforts : achever la professionnalisation, examiner les structures, mutualiser davantage l’emploi des ressources, réorganiser les administrations centrales et le commandement territorial pour les alléger, poursuivre l’interarmisation, recentrer chaque entité du ministère sur son coeur de métier, assurer la complémentarité efficiente des structures et moyens, rechercher la densification des emprises, rationaliser l’administration et le soutien. Par exemple, sur le MCO, les états-majors ont beaucoup progressé, mais – les rapports du contrôle général des armées le disent – il y a beaucoup encore à faire pour que notre culture change. Je ne sais pas ce que vaut ce chiffre mais, quand j’ai lu il y a quelques semaines qu’à notre bilan – parce que l’Etat fait désormais un bilan, comme une entreprise – l’ensemble des pièces et rechanges aéronautiques en stock représenteraient 16 milliards d’euros (soit plus qu’une année de programmation), j’ai demandé à mon cabinet s’il n’y avait pas une erreur de frappe, mais entre nous si le chiffre est exact, cela prouve que l’on doit pouvoir faire au moins un peu mieux.

C’est tout le sens des différents exercices engagés pour adapter notre outil de défense et de sécurité à l’évolution de la menace : le Livre blanc, la revue des programmes d’armement, la révision générale des politiques publiques, la loi de programmation militaire.

La commission du Livre Blanc est chargée de décrire nos ambitions au vu du contexte stratégique, des objectifs que notre pays se donne et des ressources qu’il entend consacrer à sa défense et à sa sécurité, et de préciser les missions assignées aux forces armées. Ensuite, la revue des programmes d’armement, exercice interne au ministère dont je préside les travaux et qui se finit actuellement, a pour objet de reconsidérer systématiquement l’opportunité et les calendriers des programmes en cours ou à lancer. Cela nous donnera un bilan précis de notre situation et de nos marges de manoeuvre physiques et financières, qui nous permettra de poursuivre les efforts d’ajustement de nos capacités au plus juste besoin opérationnel, en préservant une cohérence d’ensemble. Ces ajustements, combinés aux efforts de réorganisation que je viens de décrire, sont la seule voie raisonnable pour surmonter les difficultés budgétaires que nous connaissons.
Je précise que tous les bruits qui courent ici et là sur des réductions parfois drastiques de cibles sont fantaisistes. Par exemple, j’ai lu dans Ouest-France que les FREMM seraient réduites à huit exemplaires. Le ministère travaille sur toutes les hypothèses, mais à la date d’aujourd’hui aucune décision n’est prise. Nous effectuons seulement une radiographie des programmes qui, en fonction des conclusions du Livre Blanc et des arbitrages du Président de la République, nous permettra de faire le meilleur choix de capacités. Enfin, la révision générale des politiques publiques, exercice de réforme de l’Etat qui engage tous les ministères, devrait améliorer l’organisation et le fonctionnement du ministère afin de dégager des marges de manoeuvre au profit des unités opérationnelles. La RGPP servira aussi de base aux futures mesures de restructuration et de réorganisation que nous devrons prendre.

Comment allons-nous procéder ? Fin décembre, je présente devant la commission de la révision générale des politiques publiques le fruit de nos premiers travaux. Fin janvier, courant février, ces trois exercices étant en cours d’achèvement, la synthèse en sera présentée au Président de la République qui donnera ses orientations, ce qui nous conduira à construire une nouvelle loi de programmation militaire présentée au Parlement en juin prochain.

Quel est l’objectif final que nous nous fixons ? C’est d’aboutir à un triptyque : une armée bien équipée, des militaires bien formés et mieux payés, une défense toujours opérationnelle. Pour que les forces vives voient leur capacité d’action renforcée, il faut un meilleur rendement du soutien – je ne parle pas là du soutien direct aux forces, qui lui est opérationnel -, un meilleur ratio entre l’opérationnel et le soutien. Voilà l’objectif.

Au bout du compte, c’est donc vous qui sortirez gagnants de cette réforme. En effet, le gouvernement a pris des engagements clairs, lors du lancement de la Révision générale des politiques publiques, sur le partage des gains de productivité et sur les retours en termes financiers des économies qui seront réalisées. Nous en verrons la traduction concrète déjà en 2008 avec 102 M€de mesures en faveur de la condition militaire, montant jamais atteint mais qui est la résultante des suppressions de postes qui, je le rappelle, ne toucheront que les fonctions de soutien et non les forces opérationnelles.

Je m’y engage : les marges de manoeuvre que nous dégagerons grâce aux efforts de tous, seront également utilisées au profit de la condition militaire, qu’il s’agisse de l’amélioration des conditions de travail, de l’aménagement des sites (en termes d’hébergement notamment) ou de la condition du personnel. C’est donc un pacte gagnant-gagnant que je vous propose.

Et il y a une chose sur laquelle je serai intransigeant : la Défense aura le souci de son personnel. Une réforme du statut général, le rôle des instances de concertation, la revalorisation de la condition du personnel, la création du Haut comité d’évaluation de la condition militaire sont autant de manières de prendre en compte les évolutions de notre société. Dans cette période de réformes qui s’annonce, je porterai personnellement cette exigence de cohésion.

QUELLES SONT LES PISTES DE MODERNISATION SUR LESQUELLES NOUS TRAVAILLONS ?

Vous savez bien au quotidien qu’il existe des doublons, que des améliorations sensibles peuvent encore être apportées, que les forces armées ne travaillent pas encore assez ensemble, même si de grands progrès ont été effectués. Les forces armées sont ensemble en opérations extérieures, elles opèrent ensemble pour défendre les mêmes valeurs, la même politique étrangère pour mettre en oeuvre ensemble les mêmes résolutions des Nations Unies. Cependant, nous ne travaillons pas assez ensemble quand nous sommes sur le territoire national, quand nous sommes dans l’hexagone. Je pense notamment à l’administration générale, au soutien, aux ressources humaines, aux achats, au maintien en condition opérationnelle des matériels au sens le plus large. Nous travaillons souvent avec des schémas et des normes différents, dont le principe est légitime, mais dont les déclinaisons sont excessives en matière d’habillement, de reconversion, d’alimentation, de gestion du MCO, de recrutement…

Je vais prendre plusieurs exemples.

Le rapport qui m’a été remis récemment par l’inspection générale des armées le montre bien. Ainsi, pour l’administration générale et le soutien, les normes ne sont pas identiques d’une armée à une autre. Pour le recrutement, non seulement les armées ne mènent pas une action coordonnée pour jouer la carte de la complémentarité, mais elles sont de l’aveu de tous en concurrence, ce qui nuit à l’efficacité générale.

Pour la reconversion, il paraît inconcevable qu’il n’existe même pas une bourse des offres d’emploi commune aux trois armées et à la gendarmerie. Et pourtant on a créé les CIR (Centres interarmées de reconversion). Tout cela fonctionne trop en tuyau d’orgue.

Que dire des centres de paie ? Sinon que les armées et la gendarmerie comptent au total 14 centres de paie et de traitement, auxquels je pourrais ajouter les 4 centres de traitement de la DGA pour les fonctionnaires civils (pour 15 000 personnes). Je sais bien que des efforts sont en cours, mais on peut raisonnablement se demander s’il ne serait pas urgent de rationaliser davantage ce dispositif, et s’il ne serait pas plus intelligent de le faire de nous-mêmes, plutôt que sous la pression des Finances dans le cadre de la mise en place d’un organisme national de paie.

Autre exemple, toujours tiré rapport de l’inspection générale : est-ce logique que, dans une unité comportant le même nombre de personnel, les effectifs consacrés aux RH aillent du simple au triple ?

Il y a aussi les écoles. Nous avons de nombreuses écoles de formation, toutes excellentes, toutes formidables ; mais tout en tenant compte des particularités des métiers des armées, de nombreux rapprochements pourraient encore être faits. Il faut notamment, au sein de chaque armée, regrouper les structures de formation de base.

Nous avions trois services d’infrastructures, nous n’en avons plus qu’un seul aujourd’hui, appelé à rendre service à l’ensemble de la communauté de défense. Nous avons besoin de compétences permettant de répondre à la complexité de certains de nos chantiers, à la confidentialité, aux spécificités liées aux métiers de la Défense. Mais a-t-on forcément besoin des mêmes services internes lorsqu’il s’agit de bâtiments classiques, de hangars, de logements de gendarmerie ? Comment font les entreprises privées, les collectivités locales, qui, pour ces dernières, réalisent pourtant 75 % de l’investissement public en France ?

D’une façon générale, nous ne sommes pas allés au bout de la réforme de la professionnalisation de 1996, et c’est assez normal car il y avait beaucoup à digérer.

Notre priorité désormais est d’aller vers l’harmonisation entre les armées et le décloisonnement. Je pourrais emprunter aux différents rapports des exemples minimes à l’échelle de notre ministère, mais parfois tellement révélateurs, comme par exemple ces mécaniciens qui, à Villacoublay, ne peuvent intervenir que sur les appareils de leur propre armée alors qu’il s’agit des mêmes hélicoptères, parce que les procédures seraient différentes.

Je veux bien que les milieux opérationnels soient différents et exigent des spécificités, mais tout de même… Il me paraît urgent d’harmoniser toutes les réglementations dans tous les domaines, en ne conservant que des particularités, dûment justifiées et motivées.

C’est parce que nous réussirons à nous moderniser, que nous retrouverons des marges de manoeuvre et que nous conserverons un outil de défense performant, opérationnel et crédible. Et c’est aussi parce que nous aurons été exemplaires que nous pourrons demander à la Nation un certain nombre de contreparties.

QUELLES SONT LES VOIES DE RATIONALISATION ?

Parmi les voies de rationalisation qui vous concernent et qui appellent aujourd’hui une attention plus particulière, figure celle du soutien, en s’entendant sur une définition et des périmètres.

L’objectif est simple : tandis que des efforts ont déjà été accomplis depuis plusieurs années dans le domaine du soutien dédié aux opérations, il faut maintenant engager la réduction des coûts du soutien non dédié – que je qualifierai de général -, en réduisant les moyens qui y sont affectés et le coût de fonctionnement de ces moyens. Réduire les moyens du soutien général, c’est à la fois les mutualiser, améliorer leur productivité et faire la chasse aux redondances.

C’est avant tout au niveau local – donc à votre niveau – que nous attendons les plus grandes évolutions. Plusieurs expériences concluantes ont déjà été conduites dans des garnisons, il faut les généraliser, et rien ne pourra se faire sans votre participation active. Il va falloir dépasser les barrières psychologiques, abandonner les arguments immobilistes, mais aussi rester pragmatiques et réalistes.

Je ne vous demande pas d’appliquer aveuglément un schéma ou un processus unique qui auraient été élaborés dans un bureau à Paris. Je vous demande, à partir des objectifs qui vous auront été fixés, d’étudier et de proposer les solutions les plus adaptées à votre situation locale. Ces solutions fonctionneront, si et seulement si ce sont les vôtres et que vos subordonnés y adhèrent.

Comme acteurs de terrain, vous serez les vrais moteurs du changement. Je sais que vous connaissez bien votre environnement géographique, les particularités économiques de la région, les élus, les responsables des services de l’Etat, les chefs d’entreprise. Vous savez ce qui peut marcher et ce qui ne marchera pas, vous saurez proposer les bonnes solutions. Vous ne serez pas seuls : vous aurez la confiance de votre hiérarchie, qui s’impliquera dans cette démarche.

Trois modes de rationalisationme paraissent les plus adaptés au niveau local.

1/ Le premier, ce sont les prestations croisées entre unités, c’est-à-dire une mutualisation adaptée aux besoins réels des bénéficiaires. Elle ne nécessite d’ailleurs aucune structure interarmées pour se développer. Il faut souvent, en revanche, quitter la logique traditionnelle de la chaîne hiérarchique propriétaire de ses moyens et de ses missions, pour adopter la logique des processus, où priment la qualité de service et la satisfaction de clients, quelle que soit leur appartenance, quelle que soit leur couleur d’uniforme. Cette évolution majeure des esprits et des habitudes impose un pilotage précis, sans doute interarmées, mais elle ne nécessite ni réorganisation lourde, ni création de structures ou d’autorités nouvelles.

Comme exemple de formations croisées assurées dans une logique d’expertise au profit de toutes les armées, je citerais les pilotes de transport à Avord dans l’armée de l’air et les pilotes d’hélicoptères à Dax dans l’armée de terre, les " fourriers " à Querqueville dans la marine et les parachutistes à Pau dans l’armée de terre, les mécaniciens avions à Rochefort dans l’armée de l’air et les personnels des transmissions à Rennes dans l’armée de terre…

2/ Le deuxième mode concerne la densification des emprises dans un esprit interarmées. Je voudrais vous donner deux exemples de voies à suivre :

Les bases aériennes sont des structures ouvertes aptes à accueillir et à soutenir des entités d’autres armées, voire d’autres ministères. Ainsi, la base aérienne 110 de Creil, outre des unités de l’armée de l’air, assure le soutien de plusieurs organismes interarmées, dont l’Unité française de vérification, la Direction du renseignement militaire, l’Etat-major interarmées de force et d’entraînement, le centre militaire d’observation par satellites et le Centre national de ciblage.

Autre exemple, celui du concept de la " maison des armées ", tel qu’il est pratiqué à Orléans. Cette maison rassemble en un même lieu et pour la plus grande partie des militaires de la place d’Orléans (terre, air, service de santé) les bureaux d’information, le pôle social, le bureau logement et la fonction reconversion. S’agissant de cette fonction reconversion, thème à l’ordre du jour du prochain CSFM, la piste d’une interarmisation des chaînes de reconversion sera ainsi explorée.

L’initiative de la maison des armées doit faire école.

Le nouveau plan de stationnement qui est actuellement à l’étude doit viser d’une part à rééquilibrer le maillage géographique et d’autre part à densifier les garnisons les plus intéressantes, pour s’inscrire dans les " bassins de vie et d’emploi ". Ainsi, en rapprochant les unités des centres urbains, on facilitera la vie des familles, la scolarité des enfants et l’activité professionnelle des conjoints. Dans le fond, ce sont les personnels du ministère qui en tireront profit.

Il y a une chose à laquelle je tiens, et je sais de quoi je parle, pour m’être occupé des restructurations dans le cabinet de François Léotard. S’il doit y avoir des restructurations ou des réorganisations, elles se feront sur une seule grille de lecture : non pas l’aménagement du territoire, non pas le poids spécifique de tel ou tel élu ou son influence politique, mais en fonction d’un seul critère : les besoins opérationnels de nos armées et les conditions de travail et de vie des personnels ; en fonction de la capacité à trouver des synergies entre les unités des trois armées, et non en fonction de critères qui nous sont étrangers et qui conduiraient à l’éparpillement et à l’émiettement. A chaque restructuration devra bien entendu être associé un plan d’accompagnement.

Je vous fais confiance, parce que je sais les efforts que vous avez su déployer dans le passé. Nos armées ont remarquablement surmonté deux réformes profondes et la France se porterait mieux aujourd’hui si toutes les administrations de la République en avaient fait autant : d’abord le retour à la paix après les guerres coloniales, puis la refonte de notre outil de défense engagée en 1996. De 500 000 militaires en 1996, nous sommes passés à 355 000 en 2002. Ce défi, vous avez su collectivement le relever. Vous avez su mettre en place les outils de recrutement et de formation indispensables pour être le premier recruteur du pays. Vous avez, de plus, réalisé cette révolution tout en assurant de plus en plus de missions à l’extérieur.

3/ Je serai plus bref sur le troisième mode, l’externalisation. C’est une pratique dont je n’ignore pas les limites, mais que nous connaissons déjà au sein de la Défense et qui a fait ses preuves, qu’il s’agisse du parc de véhicules de la gamme commerciale, de l’entretien des locaux et des espaces verts, de la maintenance aéronautique ou encore de la maintenance et de la mise à disposition d’avions à l’Ecole de pilotage de l’armée de l’air de Cognac – avec un gain de 35 % par rapport au coût en régie.

Voilà donc quelle est la situation, quels sont nos contraintes et nos objectifs, et ce que j’attends, ou plutôt ce que la Nation attend de vous.

Je voudrais tenir devant vous cinq engagements :

Le premier engagement : le maintien de l’effort de défense. Cet engagement est celui du Président de la République, il est le mien. Dans tous les cas, je me battrai pour ce maintien. Pour ma part, je n’en accepterai pas d’autre.
C’est parce que nous ferons cet effort de rationalisation que nous serons en droit de demander à la Nation les moyens nécessaires pour être en mesure d’exécuter les missions qu’on nous confie. Le deuxième engagement : notre autonomie de décision n’est pas négociable. La France ne peut pas se contenter de déléguer son pouvoir d’appréciation et de décision à un allié de référence ou à une grande organisation internationale. Cela impose notamment de posséder des vraies capacités de commandement et de renseignement. Le troisième engagement : la capacité d’action. Notre pays doit rester une puissance crédible avec un appareil militaire possédant l’ensemble des grandes capacités. Il me semble impossible, inconcevable que la France y renonce, ce qui ne nous empêche pas, et même devrait nous inciter à la coopération, car la coopération est d’autant plus facile quand on est fort. Mais préserver notre capacité d’action va aussi nous imposer, absolument, d’aller plus loin dans notre approche interarmées et dans notre organisation Le quatrième engagement : la Défense n’a pas vocation à faire de l’aménagement du territoire, comme l’a dit le Président de la République. Je me tiendrai à ce principe. Le cinquième engagement : toutes les décisions seront prises en ayant le souci d’optimiser les capacités opérationnelles de nos armées. Les forces opérationnelles seront préservées.

Je sais une chose : sans une armée respectée et reconnue par les grandes puissances, le rayonnement de la France, sa politique étrangère seraient gravement diminués, quelle que soit notre histoire, quel que soit notre message universel, quelle que soit notre culture ou quelle que soit la puissance de notre diplomatie, sans une armée moderne, bien équipée et bien formée, notre voix dans le monde serait affaiblie, notre influence et notre mission seraient atteintes.

Grâce à vous, la France, et au-delà l’Europe, assument une part déterminante de la responsabilité de la sécurité internationale.

Je sais que vos compétences, votre efficacité, votre détermination vous permettront de faire face aux défis humains, techniques et opérationnels d’aujourd’hui et de demain. Vous avez déjà fait beaucoup, mais je sais que je peux compter sur vous. Je sais que vous avez déjà fait beaucoup d’efforts ces dix dernières années, mais je sais que vous êtes capables de remettre en cause certains schémas, certaines habitudes, car vous l’avez déjà fait et qu’en plus et surtout l’une des capacités premières, la première intelligence des militaires, c’est leur capacité d’adaptation. Cette adaptation, vous saurez en être les acteurs.

Je vous remercie de votre attention et suis prêt à répondre aux questions que vous souhaiteriez me poser.

Conclusion

Avant que vous ne retourniez dans vos unités ou établissements respectifs, je vous invite à communiquer avec vos personnels.

Cette première et nécessaire communication entre nous permettra de mieux faire comprendre vers quoi vont déboucher les différents travaux en cours, comment l’ensemble de ces grands chantiers s’agencent entre eux et quels bénéfices directs chacun en retirera en termes de conditions de travail et de conditions de vie.

Pour cette rencontre, outre mes propos de ce matin, un effort a été fait pour mettre en ligne sur le site intradef du ministère des outils à votre disposition, notamment sur le Livre blanc et la RGPP. Je souhaite également que vous puissiez répondre aux sollicitations des élus qui vous seraient adressées directement.

Je sais bien que des rumeurs sur des possibles fermetures d’unités ou d’organismes suscitent des inquiétudes parmi les personnels ou chez vos correspondants les plus proches ou dans la presse régionale. Mais tout cela est prématuré : vous l’avez compris, aucune décision n’a encore été prise. Les décisions ne le seront que dans un cadre bien défini, en fonction des résultats validés des chantiers en cours et selon le calendrier annoncé.

Je tiens à vous préciser que les mesures qui devront être prises, au moment opportun, intégreront un délai de préavis entre l’annonce proprement dite et la prise d’effet de la mesure. Elles seront également assorties d’un accompagnement qui prend toute sa part dans les réflexions en cours.

Source : Cabinet du ministre de la défense
Date : 08/11/2007

Les commentaires sont fermés.