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Le jeu du gendarme et du voleur

Article publié le 8 février 2008

On peut manger épicé, mais pas en même temps ! (vieux proverbe africain) Depuis que la grande distribution s’est installée en France à partir des années 70, on n’a jamais compté toutes celles et tous ceux qui se sont fait prendre après les caisses des grandes surfaces en ayant oublié de payer. Toutes les catégories […]

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On peut manger épicé, mais pas en même temps ! (vieux proverbe africain)

Depuis que la grande distribution s’est installée en France à partir des années 70, on n’a jamais compté toutes celles et tous ceux qui se sont fait prendre après les caisses des grandes surfaces en ayant oublié de payer. Toutes les catégories socioprofessionnelles y sont passées, y compris celle des gendarmes.

Il s’agit le plus souvent de larcins de faible valeur qui ne sont pas poursuivis pénalement dès lors que le magasin, victime, est indemnisé et que l’auteur est un « primo-délinquant ».

Toutefois, s’agissant des gendarmes, dont la grande majorité des citoyens attend une probité sans tache, la direction générale de la gendarmerie a estimé depuis fort longtemps qu’un voleur ne pouvait rester gendarme. Si certains ont pu échapper autrefois aux foudres de la direction générale avec la complicité bienveillante de certains officiers, les militaires poursuivis disciplinairement ont tous été traduits devant un conseil d’enquête et radiés des cadres, sauf cas particulier.

Au début des années 90, le problème s’est reposé à la suite d’un arrêt du Conseil d’Etat en date du 25 mai 1990, qui a jugé que la sanction de la radiation des cadres prononcée contre un sous-officier de gendarmerie pour un vol d’un montant de 143,60 Francs était manifestement excessive. Conformément à sa pratique du contrôle de la proportionnalité entre des faits et une sanction, la haute juridiction a pris en compte les circonstances de l’affaire : absence de plainte et de poursuite pénale, faible montant du larcin, faits commis en civil et en dehors de la circonscription de l’intéressé et sans avoir fait état de sa qualité professionnelle. Obligé de réexaminer l’affaire à la suite de cette annulation, le directeur général de l’époque, M. Barbeau, avait infligé à l’intéressé une sanction de retrait d’emploi de trois ans : le maximum.

Postérieurement à cet arrêt, des radiations des cadres de gendarmes, ainsi que des révocations de policiers ont néanmoins été validées par des juridictions administratives (A titre d’exemples : Tribunal administratif de Toulouse 12 juin 1991 et Conseil d’Etat 27 septembre 1991).

Il était donc logique que l’institution continue de chercher à infliger des sanctions statutaires (radiation des cadres ou retrait d’emploi) à ceux, dont la probité était ainsi mise en cause.

Le 11 janvier 2008, une dépêche de l’agence France Presse nous a appris qu’un colonel de gendarmerie s’était fait pincer à la sortie du Bon Marché avec deux boîtes de chocolat d’un montant de 61 euros.

L’affaire pourrait être tristement banale, si l’intéressé n’occupait au moment des faits -qu’il a reconnus- le poste de colonel le plus stratégique de toute la gendarmerie, celui qui mène au minimum à quatre voire à cinq étoiles. En tout cas, c’est celui par lequel sont passés la plupart des généraux de corps d’armée ou d’armée des quinze dernières années.

Certains parlent d’un suicide professionnel de l’intéressé et les psychologues ne manqueront pas d’expliquer son geste aberrant, à défaut de l’excuser. L’affaire a incontestablement fait honte à toute l’institution à tel point que « Gendarmes et Citoyens », le forum honni de la direction a préféré en débattre en coulisses sur le forum dédié aux médias.

Il reste qu’un tel dysfonctionnement de la personnalité et du comportement à ce niveau pose la question de l’absence de détection préalable d’une certaine fragilité et de la médiocrité de la sélection validée par le directeur général lui-même et ses proches collaborateurs. L’acte de ce colonel rejaillit donc avant tout sur ses chefs.

Last, but not least, on nous annonce de plusieurs sources que l’intéressé, qui, comme tout homme, possède des qualités humaines et professionnelles, échapperait au sort commun des gendarmes voleurs. Sa hiérarchie, dans une sorte d’acte de contrition, ne voudrait pas l’accabler à moins qu’elle ne craigne en le châtiant qu’il ne livre au public quelques turpitudes de la gestion du corps des officiers de gendarmerie ou quelques informations confidentielles.

Dès à présent, il n’a pas été suspendu, alors que c’est la règle, dans la plupart des cas similaires. De plus, il a été muté sans changement de résidence, ce qui lui épargne un déménagement. Enfin, on nous dit de diverses sources, qu’il ne serait pas déféré devant un conseil d’enquête amené à donner son avis sur sa radiation des cadres et qu’on lui préparerait une affectation lointaine lui permettant de se faire oublier et de se constituer un pécule. La direction générale prendrait ainsi en considération l’impécuniosité manifeste de l’intéressé résultant de la préhension des deux boîtes de chocolat. Après tout, la gendarmerie n’est elle pas une force humaine ?

A l’ADEFDROMIL, nous ne pouvons croire, quelles que soient par ailleurs les qualités de cet officier supérieur, que la direction générale, toujours très sourcilleuse sur le moindre problème de discipline envoie un si mauvais message à ses troupes accréditant ainsi qu’il y a deux poids deux mesures dans le traitement des dossiers disciplinaires.

On voudrait relancer la grogne et la défiance à l’égard des officiers de gendarmerie et de la hiérarchie qu’on ne ferait pas mieux.

En définitive, on peut toujours jouer au gendarme et au voleur. Mais, il faut impérativement éviter que ce soit la même personne, apprentie Janus ou légèrement schizophrène, qui tienne successivement les deux rôles !

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