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Point de presse du porte parole du Quai d’Orsay du 26 février 2013

Article publié le 27 février 2013

Mali – MISMA Q – Une coopération militaire accrue, dans le cadre de la MISMA, peut-elle  être maintenant imaginée parce que la MISMA participe au Mali et maintenant, la situation malienne s’est un peu étendue au Nord Nigéria, il y a des Boko Haram au Cameroun, etc. la France face à Boko Haram est donc […]

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Mali – MISMA

Q – Une coopération militaire accrue, dans le cadre de la MISMA, peut-elle  être maintenant imaginée parce que la MISMA participe au Mali et maintenant, la situation malienne s’est un peu étendue au Nord Nigéria, il y a des Boko Haram au Cameroun, etc. la France face à Boko Haram est donc une réalité. Envisage-t-on peut-être d’étendre les missions de la MISMA à quelque chose de plus sous-régional et pas seulement malien ? Est-on en train de penser à une coopération euro-africaine qui dépasserait le seul Mali ?

R – Il y a plusieurs manières de répondre à votre question. Tout d’abord, le mandat de la MISMA est défini très clairement dans la résolution 2085 duConseil de sécurité : il s’agit d’aider au rétablissement de l’intégrité territoriale du Mali et de sa pleine souveraineté C’est cette résolution qui fixe les objectifs, le mandat et de manière générale, l’organisation de cette force. Cette résolution est appliquée et organise le déploiement, maintenant bien avancé, de cette force. En l’état actuel des choses, il n’est pas question de revenir sur ce mandat.

Deuxièmement, nous avons, avec les autorités nigérianes, une coopération très étroite. Bien sûr, depuis l’enlèvement de nos ressortissants au Cameroun, mais cette coopération préexistait à cet enlèvement et préexistait même au déclanchement des opérations au Mali. Pour le dire encore autrement, Boko Haram ou des organisations dans sa mouvance, qui s’en réclament plus ou moins ou qui sont nés de Boko Haram par scission – je pense à Ansaru notamment – étaient actifs avant dans cette région, avant même le déclenchement des opérations au Mali et justifiaient une coopération, notamment de la France avec les autorités nigérianes.

Q – Y a-t-il des systèmes de coopération interétatique en Afrique qui vont être étudiés, approfondis, accélérés ? Est-ce le système recamp ? Y a-t-il une coopération entre la France, la CEDEAO et les États de l’Afrique centrale pour muscler leur système militaire ? Je pose la question peut-être trop tôt parce qu’il me parait évident que ça va se faire, j’essaie de  repérer le moment où ça deviendra officiel qu’il y aura quelque chose au-delà de MISMA et de Serval.

R – Il y a, pour lutter contre la prolifération des groupes terroristes dans cette région, non seulement Boko Haram, mais aussi Aqmi, Mujao, Ansar Dine, etc., des coopérations bilatérales en effet mais aussi dans des cadres multilatéraux. Pour ne prendre qu’un exemple, la conférence que nous avonsorganisée ici à Paris, le 12 février, sur la sécurité en Libye avait précisément pour objectif de renforcer la sécurité des frontières libyennes, avec des programmes bilatéraux mais aussi mis en oeuvre par l’Union européenne.

La sécurité et la stabilité de cette zone, la lutte contre les groupes terroristes au Sahel sont un enjeu et une préoccupation pour nous depuis longtemps. C’est un sujet sur lequel la France attire l’attention de la communauté internationale depuis de nombreux mois. Et il paraît logique, lorsque l’on constate un phénomène transnational de cette nature, de dépasser les coopérations bilatérales d’ores et déjà en place pour y ajouter des initiatives dans des cadres élargis, multilatéraux. La logique régionale vaut d’ailleurs aussi pour d’autres enjeux, tout aussi important pour cette zone, par exemple l’aide au développement.

Q – Donc, l’action du ministre Pascal Canfin va dans ce sens, cela fait partie de la réponse à ce problème ?

R – Oui. La réunion à Bruxelles aujourd’hui porte sur ce sujet et prépare notamment la conférence de mai prochain. Il y a sur ce sujet également ce que la France est susceptible de faire à titre bilatéral et ce que l’on est susceptible de faire sur le plan multilatéral, notamment dans le cadre européen. D’ores et déjà, un certain nombre d’annonces ont été faites de déblocage de sommes qui sont importantes, au-delà de 250 millions d’euros pour ce qui concerne l’Union européenne.

Q – Les ministres des affaires étrangères de la CEDEAO ont réclamé un peu moins d’un milliard de dollars environ pour la couverture des frais de la MISMA alors que ce qui avait été décidé à Addis Abeba était d’environ la moitié. Avez-vous une réaction ? Par ailleurs, un sénateur américain est passé par la zone, il a conseillé à la France de ne pas se précipiter pour sortir du Mali car les choses sont plus compliquées qu’on peut l’imaginer.

Qu’en pensez-vous ?

R – Premièrement, concernant les estimations financières que j’ai vues comme vous, notamment dans certaines dépêches, il faut rappeler plusieurs choses.

Tout d’abord, il faut que l’ensemble des partenaires internationaux contribue à la prise en charge et au financement du déploiement des contingents africains ainsi qu’à l’équipement de l’armée malienne et de la MISMA. Il s’agit d’un effort indispensable pour garantir le succès de l’opération et de cette force africaine.

Deuxièmement, il y a en effet eu une conférence des donateurs qui s’est tenue à Addis Abeba, organisée par l’Union africaine le 29 janvier dernier. Cette conférence avait permis d’enregistrer des contributions à hauteur de 332 millions d’euros, selon des chiffres qui avaient été donnés par l’Union africaine, dont 50 millions en provenance de l’Union européenne. Ce qui est important maintenant, c’est que ces annonces soient rapidement suivies de paiements effectifs.

Je rappelle d’ailleurs au passage que la France contribue à la MISMA et à l’équipement des forces armées maliennes à hauteur de 47 millions d’euros, c’est-à-dire 40 millions pour la MISMA et 7 millions pour les forces armées maliennes.

Enfin, dernière remarque, la France continue ses efforts, en lien avec nos partenaires tels que l’Union africaine et la CEDEAO, pour mobiliser tous nos partenaires, pour couvrir l’ensemble des besoins nécessaires à la poursuite du déploiement de la MISMA et au rééquipement de l’armée malienne.

Avant de commenter d’autres chiffres, commençons déjà par remplir les engagements pris et honorer les contributions annoncées. Sur votre deuxième question, je veux dire qu’il n’est pas question pour nous de partir de manière précipitée, pour reprendre vos termes. Bien au contraire, nous avons dit plusieurs fois que tout ceci se ferait de manière ordonnée. Comme Laurent Fabius l’a déclaré, «si tout se passe comme prévu, les troupes françaises pourront commencer à être retirées à partir du mois de mars». Le contingent français au titre de Serval a atteint son maximum avec quatre mille hommes déployés sur le terrain. L’objectif est bien que la MISMA prenne le relais de cette force, ce qui explique sa montée en puissance progressive.

Contrairement à ce que j’ai pu lire ici et là, les Français ne plient pas armes et bagages à partir du mois de mars en quittant le Mali aussi vite qu’ils y sont arrivés, loin de là. Tout cela est fait de manière ordonnée, en coordination avec les Maliens car c’est en soutien des Maliens que nous sommes intervenus, et aussi en coordination avec les organisations que sont la CEDEAO et l’Union africaine pour ce qui concerne le déploiement de la MISMA.

Tout cela est planifié, pensé, ordonné et en cohérence avec ce qui se passe sur le terrain.

Q – Une fois que les 8.000 hommes de la MISMA seront sur place, la force française y restera-t-elle également ?

R – Elle y restera sous des formes qui seront à déterminer compte tenu de la situation sur le terrain et des demandes exprimées par les Maliens.

Mali – MNLA

Q – Est-ce que le Quai d’Orsay maintient des contacts avec les instances du MNLA qui viendraient à se trouver en France ?

R – À ma connaissance, les derniers contacts que nous avons eus avec le MNLA en France remontent maintenant au mois de novembre 2012. À l’époque, une délégation du MNLA avait été reçue, à sa demande, au Quai d’Orsay.

Q – Et sur le terrain au Mali, y-a-t-il toujours coordination entre les Français et le MNLA dans la région de Kidal ?

R – Pour tout ce qui concerne les aspects opérationnels, je vous renvoie au ministère de la défense.

Sur le plan politique, nous avons eu l’occasion de le dire déjà mais j’y reviens pour que les choses soient bien claires, le processus de réconciliation nationale est un processus inter-malien, c’est-à-dire décidé et mis en oeuvre par les Maliens eux-mêmes. Ils ont d’ailleurs pris des décisions qui nous paraissent aller dans la bonne direction avec l’adoption d’une feuille de route et la mise en place d’une commission de réconciliation nationale.

Au sein de cette commission et sous les critères et les conditions fixés par les résolutions du Conseil de sécurité, doit s’ouvrir un dialogue entre le sud et le nord du Mali, les représentants de toutes les communautés du nord.

Ce dialogue, qui a vocation à être le plus inclusif possible, doit l’être sous les deux conditions qui ont été fixées par la résolution 2085. Il s’agit de la renonciation à la violence et au terrorisme et de la reconnaissance de l’intégrité territoriale du Mali. Dès lors qu’un groupe, quel qu’il soit, respecte ces deux conditions, il est selon nous, mais cela relève de la responsabilité première des Maliens, légitime à participer à ce processus.

Mali – Droits de l’homme

Q – Récemment, des reportages impliquant fortement des exactions contre des Arabes dans le nord du Mali auraient été diffusés. Où on est-on avec le dossier des exactions ? Le gouvernement français reconnaît-il une exaction ? Combien ? Où en est le dossier ? Beaucoup d’informations d’exactions remontent.

R – Nous prenons bien sûr très au sérieux les informations, relayées notamment par la presse ou par des ONG présentes sur place, concernant d’éventuelles exactions.

Il convient de distinguer deux temps. Il y a tout d’abord celui de la dénonciation, et c’est le rôle des journalistes ou des ONG présents sur place que de dénoncer tel ou tel comportement qu’ils auraient constaté. Il y a par ailleurs un temps plus long qui est le temps de l’enquête. Il est en effet plus long dans la mesure où, face à des crimes aussi graves qui peuvent avoir la qualification de crimes de guerre, des enquêtes doivent être menées et des éléments de preuves apportés.

De ce point de vue, notre position de fond ne souffre pas la moindre ambiguïté : aucune espèce d’impunité ne saurait être tolérée. C’est un message que nous avons fait passer aux autorités maliennes. Si des exactions sont avérées, ceux qui les ont commises doivent être poursuivis et condamnés. Nos troupes sur place ont reçu l’instruction de donner aux autorités maliennes, dont le respect des droits de l’Homme et la protection des populations civiles constituent la responsabilité première, tout élément de preuve qu’elles auraient à leur disposition.

De même, la France a soutenu, continue à soutenir et soutiendra l’action de la Cour pénale internationale, cette dernière étant compétente pour juge tout crime de guerre commis au Mali depuis janvier 2012. De la même manière, c’est la France qui a insisté pour que soit introduites les dispositions spécifiques de la résolution 2085 permettant le déploiement d’observateurs des droits de l’Homme au Mali. Nous avons dit en outre que souhaitions que davantage d’observateurs soient déployés et que nous étions prêts à apporter notre aide à ce déploiement. De la même manière, la France est intervenue pour que, au titre des formations qui vont être dispensées aux forces armées maliennes par la mission de l’Union européenne, il y ait des formations sur le droit de la guerre, le droit des conflits armés et le respect des droits de l’Homme.

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