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La troupe défile avec le moral en berne

Article publié le 1 septembre 2001

La troupe défile avec le moral en berne par Brigitte ROSSIGNEUX n° 4211 du mercredi 11 juillet 2001 Et Fabius porte atteinte au prestige des armées avec sa pingrerie. La direction du matériel de l’armée de terre a dû rafistoler en catastrophe 24 blindés 10 RC pour qu’ils soient en état de participer samedi aux […]

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La troupe défile avec le moral en berne

par Brigitte ROSSIGNEUX

n° 4211
du mercredi 11 juillet 2001

Et Fabius porte atteinte au prestige des armées avec sa pingrerie.

La direction du matériel de l’armée de terre a dû rafistoler en catastrophe 24 blindés 10 RC pour qu’ils soient en état de participer samedi aux différents défilés du 14 Juillet. Tous ces engins sont en effet immobilisés depuis février après certaines avaries qui ont provoqué la mort de deux militaires.

L’armée de terre doit prouver qu’elle est en état de marche, mais le coeur n’y est pas. Le moral est en berne et, en plus, Fabius veut rogner sur le budget 2002 consacré aux armées. «La marche funèbre serait plus adaptée que la Madelon», grince un général à l’évocation du 14 Juillet et des ratés de la professionnalisation des armées.

«Pour minimiser la gravité de la situation, on avait consigne de dire qu’on était au milieu du gué. En fait, on n’a plus pied et le fleuve est en crue», renchérit, avec une tête d’enterrement, un subordonné du général. Fait remarquable : un rapport sénatorial [cliquer içi pour lire le compte rendu du rapport du sénateur Serge Vinçon] a même cru bon, en juin dernier, de s’émouvoir de cette baisse du moral des troupes.

Revue de détail : malgré les bonnes paroles de Chirac ou de Richard, la fin de la conscription se passe mal. La relève n’est pas assurée. Car si l’armée parvient à attirer les jeunes, elle ne sait pas les garder. L’état-major avait tablé sur 10% seulement de départs au terme des trois ans de contrat : en fait, 60% de ces volontaires refusent de rempiler. Aussi les engagés se voient-ils aujourd’hui proposer des contrats beaucoup plus longs.

Recrues en pétard

Reste qu’il faut les occuper, et c’est un cauchemar pour l’encadrement. «Avec les tentatives de réduction du temps de travail dans les casernes, on a des engagés volontaires livrés à eux-mêmes ou presque, du vendredi midi au lundi matin. Résultat, ils fument, et pas que du blond. La marine n’est pas la seule à faire la chasse au pétard», avoue un colonel, en évoquant la découverte de drogue sur le «Charles-de-Gaulle».

A l’étage au-dessus, chez les sous-off, c’est moins la professionnalisation que la féminisation qui fait fliper. Les filles sont plus diplômées, elles réussissent mieux. A voir les promos de l’école de sous-officiers de Saint-Maixent, le spectre d’une armée en jupon hante les anciens.

Chez les saints-cyriens, l’ambiance n’est pas non plus au beau fixe. Après leur temps de commandement, un quart des jeunes capitaines -pour l’essentiel des scientifiques qui se recaseront facilement dans le civil- tentent une sortie ou bifurquent dans la gendarmerie. A Saumur, l’élite de l’arme blindée, 6 parmi les 18 capitaines de la dernière promotion, ont pris la tangente.

Officiers en ligne de mire.

Comme si cela ne suffisait pas, les mauvais souvenirs de la guerre d’Algérie ressurgissent. Pis, la justice commence à s’intéresser à certains faits d’armes. Ainsi les officiers qui ont couvert des bavures lors d’opérations extérieures (comme «Le Canard» l’a relaté) ou leurs collègues qui à Djibouti ont pris leurs aises avec l’argent de la République, tout cela ne passe plus. Sans parler de ce brillant officier, toujours en activité, qui prélevait une commission sur les bijoux que lui confiaient pour les revendre des Bosniaques assiégées dans Sarajevo. Revenus à la vie civile, certains engagés pourraient en témoigner.

Et là, pas besoin des réquisitions du procureur Dintilhac pour savoir ce qu’il convient de faire.

Fausse note en Bosnie

QUELQUE PART en France, dans le mess des officiers d’un régiment de l’armée de terre trône un grand piano à queue. Les sous-off, eux, ont droit à un billard.

Ces deux magnifiques pièces proviennent de la Scanderia, un centre commercial de Sarajevo. Durant les opérations de Bosnie, les soldats français y avaient plus ou moins installé leurs quartiers. A la guerre comme à la guerre, dans le foutoir ambiant, ils ont décidé que ce piano n’appartenait à personne. L’instrument fut expédié en France. Et pour ne pas faire de jaloux, les chefs magnanimes autorisèrent les petits gradés à embarquer leur billard.

Malheur! En droit international, ces prises de guerre s’apparentent à du pillage. Le tribunal de La Haye en a, paraît-il, fait part au ministère français de la Défense. Va falloir affréter un avion pour rapatrier ces trophées?

Lire également :
Situation actuelle de la condition militaire dans l’armée de terre

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