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Requiem pour statut (quo), ou le rapport reporté…

Article publié le 21 août 2003

Aussi surprenant que passé inaperçu dans la moiteur ambiante de ce début d’été, la commission de révision du statut des militaires a manifestement reporté le dépôt de son rapport du 30 juin au 10 juillet, et ce, sans la moindre explication. Le ministère lui-même indiquait alors que ce document « refondateur » serait étudié « au printemps 2004 » […]

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Aussi surprenant que passé inaperçu dans la moiteur ambiante de ce début d’été, la commission de révision du statut des militaires a manifestement reporté le dépôt de son rapport du 30 juin au 10 juillet, et ce, sans la moindre explication. Le ministère lui-même indiquait alors que ce document « refondateur » serait étudié « au printemps 2004 » et non plus au deuxième semestre 2003 comme initialement prévu. Cette procrastination ouvre la porte à toutes les interprétations. Les plus optimistes comme les plus attristantes.

Mais comment être optimiste quand, dans l’indifférence générale, le consensus fort originel sur la nécessité d’une refonte complète s’était progressivement transformé en « révision », puis en « toilettage », ce dernier dérivant même parfois vers un simple « dépoussiérage » ?

Certes, et en ces temps de disette budgétaire, l’avantage immédiat d’un « toilettage », c’est que peu de moyens suffisent. Mais au chapitre des inconvénients, il faut hélas s’attendre à ce que les résultats soient à la hauteur de l’investissement consenti.

Quoique… les armées sont enfin entrées dans le monde de la communication où les mots ont plus d’importance que les actes. Des professionnels patentés de cette science toute neuve et recrutés à grand renfort d’article 98-2 ont désormais pour mission et spécialité de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Que l’on s’adresse aux actionnaires, aux contribuables, aux futures retraités, aux épargnants, aux malades et surtout aux électeurs, ce qui compte maintenant, c’est la façon de communiquer sur les catastrophes, plus que de les prévoir, ou encore moins de les éviter. Ce qui s’avère encore plus aisé dans une collectivité bien hiérarchisée et sans contre pouvoir. Là où le chef a toujours raison, pourquoi s’épuiser dans des démonstrations subsidiaires ?

Il n’empêche. Pour tous ceux qui avaient fini par y croire, et à qui cette action revitalisante apparaissait comme une éclaircie dans l’horizon d’une carrière obscure, ou d’une concertation unidirectionnelle, le réveil automnal va être dur. Ce sera, à peu de chose près comme avant, et sans doute pire.

L’ADEFDROMIL a bien tenté de suivre les cheminements de cette « réforme annoncée » au gré des déclarations institutionnelles, des volumineux rapports préliminaires et même des bruits de coursive (Cf. Statut des militaires : vers une réforme temporaire ?). L’impression prévalait alors que la discrétion des débats n’augurait rien de bon pour le militaire de base. Le présent silence, a posteriori, n’est pas plus rassurant.

Certains avancent l’hypothèse de dissensions entre le donneur d’ordre et le maître d’oeuvre, genre : « refaites moi ça mon vieux, c’est pas du tout ce que je vous avais demandé ». Est-ce bien envisageable, quand on perçoit à quel point cette machine avait été conçue pour étouffer toute velléité de libéralisation du système ? « Evoluer dans un cadre intangible », limites fixées au plus haut niveau de l’Etat, tenait plus de la contorsion de saltimbanque que d’un projet refondateur en phase avec la société actuelle. Et les maçons eux-mêmes n’étaient pas du genre révolutionnaire, tous triés sur le volet stellaire. Ce n’était pas n’importe quelle commission de révision, c’était la voie lactée. Donc peu de risque d’une transmutation spontanée en constituante, style serment du jeu de paume.

D’autres prétendent que les problèmes rencontrés par le pouvoir sur le simple dossier des retraites, tout comme le référendum surprise de fin juin, auront pu ralentir les ardeurs réformatrices. Il est vrai que sous des dehors anodins, le nouveau statut pourrait faire l’objet d’un examen de constitutionnalité dès lors qu’il perdurerait à interdire l’exercice de droits et libertés sans en démontrer la nécessité. Mais encore faudrait-il qu’il soit suffisamment nouveau pour nécessiter un projet de loi modifiant l’ancienne…

D’autres encore estiment que, finalement, c’était bien comme ça et qu’il n’y a aucune raison de toucher au statut de 1972. On entend même dire que le texte s’est « bonifié » avec le temps ! Trente ans d’immobilisme ne serait plus un argument rédhibitoire de vétusté, mais un élément précieux de maturité. Vive la com !

D’un autre côté, les remparts du statut protègent bien plus de prébendes et de situations privilégiées que d’anachronismes sociaux péjoratifs. Et ceux qui en profitent sont ceux-là même qui maîtrisent l’outil de la communication. Trop simple pour être vraisemblable ?

Dans cette même optique, d’aucuns accusent les inspecteurs généraux d’avoir sabordé toute évolution, comme ils avaient torpillé le projet de médiateur il y a deux ans. Si c’est vrai, cette caste particulière, aux pouvoirs aussi vastes qu’incompréhensibles, portera une lourde responsabilité dans le désastre annoncé. Qu’il s’agisse du déficit de recrutement ou de la faillite de la fidélisation, en attendant que se reproduisent les événements désespérés et peu glorieux de décembre 2001. A ce sujet on ne se lasse pas de rappeler qu’une dizaine de jours antérieurement à ces manifestations, l’ancien directeur de la gendarmerie nationale brossait un tableau serein et idyllique de son administration face aux parlementaires de la commission de la défense nationale. Quand on sait qu’une telle perspicacité, lucidité et réalisme lui vaut un poste actuel de conseiller du premier ministre, certaines déconvenues récentes peuvent s’en trouver mieux éclairées.

Enfin, des esprits pragmatiques rapportent la remise aux calendes grecques de la refondation statutaire aux simples difficultés budgétaires présentes, et surtout à venir. Il est vrai que toute réforme implique des dépenses et que le pouvoir n’a ni le premier sou, ni la possibilité d’en fabriquer (les 3% de déficit du pacte de stabilité étant d’ores et déjà enfoncés).

Ce ne sont donc pas les bonnes raisons de « donner du temps au temps » qui font défaut. Charge à la communication de nous en faire reluire les aspects positifs, au nombre desquels la profondeur de la réforme envisagée rendra nécessaire une profondeur identique de réflexion. Or, plus on creuse, plus c’est long.

Mais il est un dernier motif aussi suffisant qu’attristant à ce ralentissement refondateur. Et qui supplante tous les autres.

Notre ministre de la défense a sans doute d’autres projets personnels en tête si l’on en croit la presse, et son apparent retrait lors du défilé du 14 juillet. Peut être du genre « destin national » comme disait un ancien premier ministre parfaitement lucide. C’est tout ce qu’on lui souhaite, très sincèrement, mais dans cette hypothèse d’un prochain remaniement ministériel, la gestion des affaires courantes est sans doute déjà sous-traitée par le cabinet, lui-même délégant à tire-larigot.

En un mot comme en cent, tout le monde se contre ficherait d’adapter le statut général des militaires aux exigences humaines et sociales du moment, dès lors que tout semble fonctionner encore et que la communication est en place pour suppléer les insuffisances.

Monsieur Renaud Denoix de Saint Marc, ci-devant président de la commission de révision du statut général des militaires et, non accessoirement, vice président du Conseil d’Etat avait raison avant tout le monde : Gesticulas gesticulatum, et omnia gesticulas.

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