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Budget de la Défense 2004

Article publié le 17 décembre 2003

Mourir pour une cause ne la rend pas juste pour autant La très convenue discussion budgétaire annuelle, comme le fut la non moins convenue récente loi de programmation militaire pour six ans, ne saurait faire oublier l’absence en France de débat relatif à la défense nationale. Comme le 14 juillet est le défilé du glaive, […]

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Mourir pour une cause ne la rend pas juste pour autant

La très convenue discussion budgétaire annuelle, comme le
fut la non moins convenue récente loi de programmation militaire
pour six ans, ne saurait faire oublier l’absence en France de
débat relatif à la défense nationale. Comme le 14
juillet est le défilé du glaive, la « discussion » du budget
à l’Assemblée est le défilé du verbe. Quand
il est lancé, rien ni personne ne l’arrête.

Les Chefs d’Etats-majors y vont de leur homélie habituelle,
souverainement coiffés par celle de la Ministre qui leur a servi
de modèle. S’il ressort incontestablement de ce budget 2004 qu’il
est « bon », uniquement parce qu’il est en hausse, l’Adefdromil dont c’est
la vocation que d’y être attentive, a recherché plus
précisément ce qu’il apporterait de neuf à la
condition militaire. Sur ce plan, force est de constater que le discours
est plutôt lénifiant.

Tant de discrétion sur l’Homme après l’étalage de
tant de certitudes sur la Machine de guerre, nous a fait sous-titrer par
cette pensée de Montherlant. Il serait en effet hasardeux
d’imaginer que la loyauté de la troupe rendait justes les
conditions qui lui sont faites. Elle s’est mue et se meut dans le
déficit d’estime.

Si l’on veut bien constater que la seule carotte qui lui est
proposée dans ce budget est un nouveau statut de la condition
militaire dont on sait déjà qu’il n’améliore en rien
celui de 1972, elle s’y mouvra encore pour longtemps.

****

Inscrit dans la volonté du Président de la
République de redressement de l’effort de défense, le
projet de budget pour 2004 met en oeuvre la deuxième
annuité de la future loi de programmation 2003-2008
. Il
conforte et amplifie la très nette inflexion en faveur de la
défense comme l’attestent les données suivantes :

BUDGET DU MINISTèRE DE LA DEFENSE POUR 2004 en milliards
d’euros

 
Dotations pour 2003
Projet de loi de finances pour 2004
Variation en %
Pensions
8,89
9,16
3,04
Titre III hors pensions
17,42
17,50
0,46
Titres V et VI (en crédits de paiement)
13,64
14,90
9,24
Total
39,96
41,56
4,00

La forte progression de 4,0 % atteint même 4,31 %
sans les pensions.
L’effectif budgétaire total (y compris ceux
rémunérés sur comptes de commerce) atteindra 455 177
postes, dont 356 752 militaires, en hausse de 647 postes militaires et en
baisse de 431 postes civils.

L’Adefdromil se réjouit de cet effort de redressement, tout en
constatant cependant qu’il affecte assez peu le Titre III hors pension
(0.46%). Ce Titre III comme chacun sait a trait quantitativement et
qualitativement, pour l’essentiel, aux effectifs.

Données 2004 relatives aux moyens humains

L’accroissement de 11% des crédits d’entretien des
matériels et + 49,5 millions pour l’entraînement
autorisent :
100 jours d’entraînement de l’Armée de Terre (86 en
2002, 94 en 2003)
160 heures de vol contre 150 actuellement dans l’ALAT
180 heures de vol par pilote de chasse (165 en 2002, pour 2003
vraisemblablement 170, suite à la révision à
la baisse de juillet, c’est à dire en cours de
législature, ce qui paraît-il ne devait plus arriver)
+6% d’heures en mer des navires de combat et 220 heures par pilote
de chasse embarqué
Les 35 jours de formation et d’entraînement de la Gendarmerie
mobile, pas plus que les 10 jours de la Départementale ne
sont jamais approchés, pour cause d’emploi soutenu en
réel
Concernant les OPEX, après les réductions des
rémunérations hors du territoire métropolitain
déjà connues pour aider à les financer, une
part importante de celles-ci reste à la charge des
Armées, obérant ainsi les crédits
affectés à leurs activités courantes.
Consolidation de la professionnalisation Terre : + 1000 EVAT
Service de santé : +179 élèves infirmiers et
médecins
Gendarmerie : + 1200 postes, vraisemblablement
« créés » par l’externalisation de la gestion
immobilière
Attractivité de la Défense : + 25 millions au profit
des nouveaux engagés
Amélioration de la condition militaire, +53 millions. Soit
150 € virtuels par militaire. A comparer avec les 140 €
d’augmentation virtuelle par civil de la Défense. Comme quoi
les syndicats, en dépit de certaines craintes, n’ont pas que
du mauvais dans les Armées. Naturellement chacun ne sera pas
augmenté de 150 ou 140 € Prime de haute technicité pour les sous-officiers
au-dessus de 20 ans de service
Prime de fidélisation pour les plus jeunes,
distribuée en fonction de l’hémorragie
Prime au profit des praticiens, infirmiers et techniciens des
hôpitaux
Primes et revalorisations spécifiques à la
Gendarmerie : + 13 millions
Meilleure association des réservistes aux tâches
opérationnelles : + 37 millions
Une paupérisation qui s’accroît : Le déficit important de sous-officiers fait supprimer les
557 postes budgétaires correspondants, au profit de + 2342
militaires du rang
Le plus grand sous-effectif (en proportion) se situe dans la Marine
: 3023 emplois civils et militaires confondus
Un déficit inquiétant de 1449 postes de
sous-officiers de l’Armée de l’air, traditionnellement
attirés par les meilleures rémunérations
servies dans le civil
Le plus grand déficit en données brutes est celui de
l’Armée de terre : 2500 militaires et 1500 civils. Avec
interdiction d’embauche tant que les personnels civils
inutilisés dans leur bassin d’emploi n’accepteront pas
d’aller là où on les demande, pour raison de
maisonnette avec jardinet.

Perspectives 2004 de la condition sociale

Faisant suite à des chiffres ayant le mérite de la
clarté, ou de perspectives d’emploi propres à revaloriser le
moral des assujettis, certains rappels d’asservissement sont ensuite
exprimés de manière littérale dans le budget 2004. Le cas des Lieutenants retraités d’avant 1976, non
défendus par la hiérarchie dont se serait paraît-il
la plus impérieuse mission en l’absence de défense
professionnelle organisée, et qui touchent une retraite
inférieure à celle qu’ils auraient perçue s’ils
étaient restés sous-officiers, ce cas est balayé
d’un revers de main. Comme le furent la spoliation à la prime
d’expatriation et la non-revalorisation des frais de déplacement
outre-mer ! Pour ne citer qu’eux.
La distribution des crédits du fonds de consolidation
(destiné à augmenter l’attractivité du
métier des armes) ne sont plus répartis a priori
par armée mais attribuée en fonction des besoins. C’est
le fameux « dites ce dont vous avez besoin, nous savons
déjà comment vous en passer » qui perdure.
Faute de grive, on mange des merles. Ce qu’en énarchie on
appellera « externalisation ». Si, comme en Gendarmerie, l’externalisation des tâches
administratives, tracasseries et autres impedimenta devait
s’étendre à l’ensemble des Armées, ce seraient
des dizaines de milliers de postes qui pourraient redevenir
opérationnels. Encore faudrait-il trouver les crédits
d’entraînement correspondants…
En revanche, externaliser des liaisons aériennes ou
maritimes par faute de gros porteurs, revient à confier au
marché privé des missions d’appui logistique ce qui,
avec le risque que cela implique, est nettement moins glorieux.
Maintien du lien Armées-Nation. Il est le garant du
non-décrochage entre l’institution et la société
civile. Dans son avis sur le budget 2004 de la Défense, La
Commission de la Défense Nationale préconise : L’évolution de la concertation dans les Armées par l’évolution du statut des militaires. On sait
déjà que dans le nouveau statut en gestation la
représentativité et la crédibilité
des organes de concertation ne pourront rien de nouveau pour la
prise en compte des préoccupations des militaires,
puisque l’expression de leurs attentes ne sera toujours pas
relayée. Il est également proposé de
« réfléchir » sur les dispositions en vigueur dans
les autres armées occidentales…tout en refusant
cette comparaison lorsque les capacités
opérationnelles de ces armées ne sont pas
identiques aux nôtres, c’est à dire toujours.
par un moral « en nette amélioration ». Avec toutefois
quelques fragilités entre jeunes et anciens, personnels
civils et sous-officiers et la « subsistance d’une
insatisfaction liée à l’inadéquation entre
les moyens, humains et matériels, et les missions ».
Le parcours de la citoyenneté par l’enseignement de la défense… qui incombe à
l’éducation nationale, cette pépinière
bien connue de militaristes convaincus.
par le recensement…ce signe fort de l’adhésion du
jeune français à la défense de son Pays…
ou au préalable de l’examen du permis de conduire.
par la journée d’appel de préparation à la
défense. Soit en un jour donner au jeune ce qu’on lui
inculquait (?) hier en 12, 16, 18 mois et plus.
par l’évolution des préparations militaires.
Disparates selon les Armées et Gendarmerie, le nombre de
ces préparations a augmenté dès 2003.
par la création d’une composante réserve de
l’Armée professionnelle. L’objectif de 100 000
réservistes pour 2015…est ramené à
94 000. Celui peu réaliste de 82 000 en 2008 est
ramené à 68 000. Au 1er juillet 2003, le nombre
de 33 494 réservistes ayant signé un engagement
de servir dans la réserve est encore loin des objectifs.
La création d’une prime de réactivité au
profit des employeurs de salariés réservistes
serait essentielle pour les inciter à favoriser la
montée en puissance de la composante réserve.

On voit que par les ingrédients utilisés, le maintien
du lien Armée-Nation n’est pas une affaire gagnée
d’avance.

Adhésion à des groupements professionnels. L’avis
sur le Titre III 2004 présenté au nom de la Commission de
la Défense à la représentation nationale revient
sur l’interdiction d’adhésion d’une manière
intéressante pour l’Adefdromil. L’autorisation pour les
militaires en activité d’adhérer à des
fédérations de parents d’élèves, souvent
très politisées, sert de référence. Cette
référence incontestable est pourtant jugée « non
pertinente » par le Président de la Commission. Il ajoute, ce qui
est une subtilité de plus à mettre au dossier de la
légitimité de l’Adefdromil, que « les militaires en
activité qui y adhèrent n’en sont pas membres du
fait de leur statut ».
Voici donc une bonne nouvelle, on peut donc adhérer à
L’Adefdromil, sans en être Membre.
L’Adefdromil ajoutera que
la cotisation d’adhérent est de 31 € pour l’année
2004, que l’on soit Membre ou non. On peut aussi y adhérer,
comme beaucoup le font, sans rien payer : il suffit de visiter son site
Internet.

Autant la partie chiffrée du budget 2004 de la Défense
est-elle lisible, autant sa partie littérale, et pas par hasard,
porte en elle ces germes d’incompréhension auxquels les militaires
sont habitués. L’Adefdromil a de beaux jours devant elle…

****

Conforme à la loi de programmation militaire dont il constitue le
deuxième volet, le budget 2004 est marqué par l’effort
à consentir pour redresser un outil de Défense que les
Ministres et Chefs d’Etats-majors avaient laissé
péricliter.

Aujourd’hui le prix de revient d’une Armée que l’on a fait vivre
à crédit, sans payer les traites, devrait servir
d’avertissement pour le jour où l’on sera amené à se
soucier de la condition militaire autrement qu’en répliquant des
schémas éculés.

Ce pouvait être pour maintenait, pour pas cher. Mais ce n’est
jamais le moment.

Ce sera donc pour plus tard. Mais à quel prix ?

Mariallio

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