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Le statut : Que veut-on faire croire ? Qui veut-on tromper ?

Article publié le 15 décembre 2004

Entendu ce 14 décembre, aux informations de 13 heures sur France Inter, de la très belle langue de bois pour présenter le «nouveau statut» aux fonds baptismaux. Le héraut aux ordres n’était que le Président de la Commission de la Défense Nationale, en service commandé pour anesthésier les Parlementaires avant qu’ils ne signent la « […]

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Entendu ce 14 décembre, aux informations de 13 heures sur France Inter, de la très belle langue de bois pour présenter le «nouveau statut» aux fonds baptismaux. Le héraut aux ordres n’était que le Président de la Commission de la Défense Nationale, en service commandé pour anesthésier les Parlementaires avant qu’ils ne signent la « nouvelle » loi sur le SGM. Un éloge funèbre pour accompagner le mort-né à sa dernière demeure eut été plus convenable.

Que veut-on faire croire ?

Dire en préalable que les militaires ne se plaignant pas de leur statut n’étaient pas demandeurs, est une contrevérité de taille. Ajouter que les statuts n’ont jamais pris quiconque en traître et que les connaître avant la signature du contrat était à la portée de chacun c’est méconnaître la réalité. On ne connaît rien des statuts avant que d’y être soumis. Comme l’on ne connaît rien du mariage avant que d’y être dedans. La responsabilité des thuriféraires médiatiquement corrects, comme ceux qui sévissent actuellement avant le vote, est sur le sujet totalement engagée.

Présenter le «nouveau» SGM comme une ouverture volontaire à la modernité est une affabulation. Les «ouvertures» en question étant bien souvent contraintes et forcées, notamment par jurisprudence interposée. Il en est ainsi de l’autorisation de mariage qui disparaît, comme de l’outcoming des civilités du conjoint. Quant à la pénétration des médias dans les casernes, c’est oublier que le portable et l’internet la rendaient inévitable. A ne pouvoir l’empêcher, autant faire semblant de l’organiser…

Dire que la protection médicale et sociale du militaire en service à l’étranger sera une petite merveille, c’est cacher que les militaires et leurs conjoints ne supportaient plus d’être moins protégés que les civils employés hors l’hexagone. Cette spécificité, que l’armée aurait dû être la dernière à devoir subir, avait fait couler trop de larmes pour qu’il en coulât encore, au risque de mettre la cohésion en péril.

Prétendre que le CSFM et autres CFM sont adaptés à la défense des intérêts catégoriels des militaires est du bluff, puisque les machins en question n’ont aucune, et n’auront toujours pas, la moindre possibilité structurelle de pouvoir s’exprimer en toute indépendance, c’est à dire en dehors de toute crainte sur la poursuite de la carrière.

Le couplet qui s’ensuivit, décapitant l’Adefdromil et son Président, montre à l’évidence qu’ils sont craints. La culture syndicale étant, dans notre beau Pays, dévoyée comme on le constate à force de grèves, là est pourtant la solution pour que s’affirme enfin la concertation dans l’armée. Dire que sur ce plan, une Association indépendante vaudrait moins qu’un organisme aux ordres, relève du mépris le plus profond pour la dignité des assujettis.

L’exemple de concertation réussie qui fut ensuite livré, celui de l’Adjudant «forcené» barricadé en sa soute à munitions, est un modèle de désinformation sur lequel il est prévu de revenir prochainement. Dire que ce militaire avait plus de problèmes psy que de problèmes réels, c’est rappeler que Cruella sait s’y prendre pour rendre fou lorsque on la dérange en faisant valoir son bon droit. Revoir sur le sujet la vingtaine de procédures engagées par le vétérinaire bien connu dans ces colonnes. Vingt procédures pour faire valoir son droit : vous êtes fou. Se barricader dans une soute à munitions pour faire valoir son droit : vous êtes fou. Il n’y a que lorsque l’on ne demande rien que l’on n’est pas fou ! Quoique…(1)

Prétendre enfin que le dialogue vertical des responsables civils de la Défense avec la troupe, de l’Officier au militaire du rang, fut libre, c’est feindre d’oublier que les participants sont triés sur le volet. Ne mangent avec la ministre, les Parlementaires et les décideurs que des soldats bien comme il faut. C’est à dire qui ne posent aucune question dérangeante. Et qui n’auront pas l’outrecuidance de manger avec une longue cuiller.

Qui veut-on tromper ?

Tout simplement la représentation nationale sur le point de voter la «nouvelle» loi, en la maintenant dans l’ignorance des effets pervers de la prétendue concertation dans l’armée.

Qui ne sera pas trompé ? Les militaires eux-mêmes, car ils connaissent l’affabulation, pour la supporter au quotidien.

La mascarade aura au moins donné une assurance aux dindons de la farce : Celle de pouvoir être cocu sans être trompé.

Leur spécificité s’enrichira d’autant.

Renaud Marie de Brassac

(1) Les propos de Maître Ducrey, défenseur de l’Adjudant sont sans appel : « Dans l’armée, vous êtes considéré comme procédurier parce que vous revendiquez l’application de vos droits. Vous revendiquez, donc vous êtes rebelle, donc vous êtes un mauvais élément. Et plus vous contestez, plus vous êtes un mauvais élément. Même si le chef, dont l’avis est subjectif, change, vous êtes déjà signalé. Ce système est un gâchis pour l’homme. Dans cette institution, il n’y a pas qu’un Le Tohic brisé. Il y en a des quantités ». Il aurait pu ajouter que le «nouveau» statut n’y changera rien.

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