Lettre adressée par le ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, aux quarante-cinq généraux qui avaient publiquement soutenu Jacques Chirac en 1988

« Le 3 mai dernier, à l’occasion de la campagne pour le deuxième tour de l’élection présidentielle, vous avez signé un manifeste, qui a été rendu public, appelant à voter pour l’un des deux candidats à la magistrature suprême.

Ce faisant, vous avez manqué au devoir de réserve qui vous incombe et au respect de la neutralité des armées.

De plus, vous avez, dans cet appel, mis en cause le Président de la République, Chef des armées, en prétendant que sa présence à la tête de l’Etat risquait de « mettre en péril notre sécurité ».

Ce faisant, vous avez, plus gravement encore, manqué au devoir de réserve qui vous incombe et dérogé à l’état militaire qui exige en toutes circonstances discipline et loyauté.

De surcroît, vous avez jugé bon d’augmenter la force de cet appel en joignant votre signature à celle de quarante-quatre autres officiers généraux et en excipant collectivement de vos responsabilités passées dans la défense de la France.

Ce faisant, vous avez augmenté d’autant le manquement à vos devoirs.

Vous ne pouviez ignorer la loi et le texte de l’instruction ministérielle en date du 27 septembre 1972 qui en résulte :

« (Votre) obligation de réserve vous interdit :

de faire de la fonction exercée un instrument d’action et de propagande, de faire des déclarations de nature à faire douter de (votre) neutralité mais aussi du minimum de loyalisme envers les institutions dont doit faire preuve celui qui a accepté de servir l’Etat »

L’armée de la République est au service de la nation. Elle n’est pas la propriété d’un groupe d’officiers, ni d’un parti. L’armée n’est pas de droite ni de gauche ; elle est française ; elle est l’affaire de la nation tout entière. En l’oubliant, et en faisant douter nos concitoyens de ce qui doit être considéré comme un principe intangible, vous avez porté atteinte à la défense nationale elle-même.

En contrevenant au principe de la neutralité des armées et en contestant publiquement l’autorité légitime, vous avez commis une faute grave.

Dans l’hypothèse où vous manifesteriez de nouveau votre intention de vous libérer des devoirs inhérents au statut d’officier général du cadre de réserve, je ne manquerai pas d’accorder le fait et le droit, en proposant au Conseil des Ministres, comme d’autres gouvernements moins longanimes le firent jadis pour des manquements plus honorables, votre mise à la retraite d’office par radiation des cadres.

(…)

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